jeudi 17 juillet 2008

De ma famille

Comme c’est malheureusement le cas pour beaucoup de transsexuelles, les ponts sont coupés avec ma famille depuis maintenant presque un an. Lorsque j’ai expliqué à l’une de mes sœurs ce que je vivais, dans une crise émotive, elle me lança qu’elle aurait préféré apprendre que j’étais morte. Depuis, elle et la majorité des autres membres de ma famille m’ont tuée socialement. C’est elle qui recevait à Noël, et ma conjointe, son fils et moi-même n’étions pas les bienvenues. Malgré le fait que ma conjointe et moi, avions reçu toute la famille à tous les deux ans, durant les 14 dernières années et que nous faisions plusieurs partys ou les mets fins et les bons vins, étaient fournis à profusion. Malgré aussi que j’y serais allée en homme. Tout d’un coup que j’aurais parlé de mon « problème »? Le risque était trop grand et il aurait brisé « la quiétude » de ma très chère petite sœur. Maintenant, tous les événements familiaux se font sans ma présence. Je suis « barrée » comme on dit. Je parle encore à mon père et à deux de mes frères qui me voient à l’occasion. Mais je viens d’une famille recomposée de neuf enfants, sans compter les conjoints et mes petits neveux et nièces dont je suis aussi coupée. La semaine dernière, je me suis vraiment fâchée et je suis « tombée dans la face » de mon père et de mes deux frères. Je suis estomaquée et profondément blessée qu’ils n’ont jamais rien dit au reste de la famille et qu’ils acquiescent, de facto, à mon exclusion systématique de la famille. Ils disent accepter ma condition, mais à chaque fois que nous nous rencontrons ils me parlent de la famille, me donnent des nouvelles auxquelles je n’ai pas la capacité de réagir et m’accusent de ne pas donner « le temps ». Par exemple, l’une de mes sœurs a fait une deuxième fausse couche, mais elle aime mieux ne pas me parler avant qu’elle ne soit prête. Ça me met en « tabarnak » de savoir ça et de ne pas avoir la capacité de réagir. J’ai dit à l’un de mes frères de ne plus me donner de nouvelles de la famille et de ne plus leur en donner de moi. S’ils veulent savoir comment je vais, ils pourront toujours me téléphoner. Ce qui me chagrine vraiment dans tous ça est que plus le temps passe, plus il passera. À un certain point, ce sera rendu facile d’agir comme si j’étais morte et la culpabilité du rejet qu’ils me font vivre empirera les choses. Lors de la dernière discussion avec l’une de mes sœurs, elle me demandait de respecter le fait qu’elle avait besoin de temps. Je lui répondis, que je comprenais, mais que je me demandais ce qu’elle faisait de ce temps. Voit-elle un psychologue, fait-elle des lectures ou pense-t-elle que par miracle, un beau matin elle va se lever et que cette journée-là elle sera enfin prête à me voir telle que je suis? La conversation se termina là et nous n’avons jamais reparlé depuis. Mon père me dit qu’il ne pouvait rien faire. Je lui répondis que je comprenais le fait qu’il ne fasse rien. Mais qu’il y avait quelque chose à faire, qu’il pouvait faire quelque chose et qu’il ne faisait rien. Il pourrait dire que c’est inadmissible qu’une fête de famille ait lieu sans l’un de ses membres. Il pourrait faire la grève de sa présence. Il pourrait être le père de famille qui « parle dans le casque » à ses enfants. Mais il est faible, vieux, a peur du risque et ferme sa gueule. Mes deux frères qui sont mieux placés pour parler sont tout aussi lâches. Si l’un des membres de la famille avait subi ce sort, il me semble que j’aurais été la première à le défendre et à être outré de cette injustice.

Le plus triste dans tout ça, est que le prochain moment qui risque de tous nous réunir, sera très probablement à la mort de mon père. Mais à ce moment-là, ma famille aussi sera probablement enterrée pour moi…

Se faire une carapace

Avant l’éclatement de mes mécanismes de défense et mon entrée dans la réalité transsexuelle, j’étais une personne avec la mèche courte et la susceptibilité grande. Depuis, peu a changé à ce chapitre sauf que maintenant, ça me fait terriblement souffrir. Mais comment se fait-on une carapace? C’est une question que je vais investiguer à fond avec mon psy, à son retour de vacance, car c’est rendu vraiment difficile pour moi. À chaque fois qu’on me dit il ou qu’on se réfère à moi comme un homme, ça me blesse un peu et cette blessure grandit de jour en jour. Le pire, c’est quand je paye pour un produit ou un service et qu’on me donne du « monsieur ». Là je ne suis vraiment pas contente et si je peux exprimer mon mécontentement, je me sens mieux. Sinon, je reviens chez moi avec une boule de frustration dont je ne sais que faire. Je croyais que la FFS enrayerai ça une fois pour toutes, mais ce n’est vraiment pas le cas. Ce qui a changé est que lorsque je suis assise sur une terrasse du centre-ville, les passants qui auparavant lorsqu’ils s’adonnaient à me voir, me fixaient du regard avec une insistance accompagnée quelquefois de mépris, on me pointait du doigt et ou on se moquait ouvertement de moi. Maintenant, au regard furtif, je ne sors plus comme avant, de la masse. Alors, les gens me regardent puis continuent de balayer ailleurs du regard. C’est déjà ça. Cependant, si on est assis pas très loin de moi et comme le font souvent les gens, on commence à observer chacune des personnes de l’environnement proche, il semble qu’on s’aperçoive facilement qu’il y a quelque chose qui cloche chez moi et les regards se font dès lors, plus persistent. Je comprends que je suis encore enflée, que l’effet complet sur le corps des hormones, prend environ deux ans et que je n’en prends que depuis 6 mois, que ma voix et mes manières ont encore besoin de beaucoup de travail et que je suis aussi d’une grandeur hors norme pour un homme, donc que ça attire l’attention encore plus, pour une femme. Je sais tous ces éléments et je comprends cette insistance des gens à me décortiquer ou à me juger du regard. Mais comment vivre avec ça tous les jours sans que ça ne m’affecte? Là est la grande question à laquelle je n’ai pas encore de réponse et avec laquelle je me dois de composer coûte que coûte, probablement pour le reste de mes jours…

mercredi 16 juillet 2008

De ma transparence

Pierre Côté qui fait parti de mes connaissances Facebook, se surprend et se régale (dans un petit vidéo) de mes différents statuts Facebook qui documentent mes expériences personnelles liées à ma condition. Il questionne le pourquoi d’une telle transparence.

Voici ma réponse :

Salut Pierre

Merci de ton topo. C'est vrai que c'est thérapeutique pour moi et peut-être un peu impudique. Mais comme tu le mentionnes, ce ne sont que les connaissances approuvées sur mon profil Facebook qui ont accès à mes pensées/statut, puisque mon profil est verrouillé et qu'il faut que j'autorise au préalable, les gens, pour qu'ils aient accès à mes statuts. Ainsi, il y a une gradation du dévoilement de mon intimité, dans Facebook, Twitter, mon blogue personnel et celui spécifique à ma condition de transsexuelle. D’ailleurs, je n’avais pas vraiment le choix de dévoiler ma condition au grand jour puisque mon brand était ma personne et qu’un changement de sexe ne passe pas inaperçu. En outre, j’ai toujours été promotrice de la communication authentique et transparente sur le Web, je me devais donc d’être conséquente avec moi-même lorsque mon drame est survenu. Je suis plus ouverte dans des lieux Web qui sont un peu plus fermés (comme Facebook et Twitter) parce qu’effectivement, c’est un peu mon groupe de soutiens virtuels, que ça me fait du bien et que ça documente ce que je vis et que ça pourra servir un jour ou l’autre, si jamais je décide d’écrire un livre, de faire un documentaire ou quoi que ce soit. De plus, ça aide aussi les autres personnes (un homme sur 30 000 et une femme sur 50 000) qui sont aussi aux prises avec la réalité de la dysphorie d’identité de genre…

lundi 14 juillet 2008

Photo avant après de mi-profil

photo avant après FFS de Michelle Blanc

Voici un comparatif photographique avant après, de mi-profil. La première photo a été prise en novembre dernier. Cette photo fait partie d’une série de photos qui ont été prises avant mon hormonothérapie. La copine Julie Bélanger commentait dans Facebook :


Ok, je le sais que c'est étrange ce que j'écris là mais sur la photo de gauche, on dirait que ton regard est éteint alors que sur la photo de droite, tes yeux brillent et tu regardes directement en avant et t'as l'air prête à faire face à tout et surtout à la vie. Peut-être que ça n'a pas de sens ce que j'écris là mais en tk – beau visage. Voilà.


Je lui répondais :


La photo de novembre a été prise alors que j'étais encore en état de dysphorie de genre, qui est une forme de dépression qui se guérit entre autre, par la prise d'hormones qui elle aussi, est un autre outil de confirmation diagnostic.


Je suis donc beaucoup plus heureuse d’être physiquement, ce que mon cerveau est depuis ma naissance, c'est-à-dire femme. Notez aussi que mon visage change encore à la vitesse grand V et je serai fixée sur celui-ci dans encore plusieurs semaines. Mais j’en suis déjà très satisfaite. Je commence d’ailleurs à me faire faire les yeux doux par des messieurs. C’est con à dire, mais je n’avais pas songé à ça et ça me surprend énormément. Encore une autre chose à laquelle je vais devoir m’adapter…


MAJ

La dernière chose à désenfler sera mon nez. Il devrait être encore beaucoup plus raffiné.

MAJ2

Le tour de mes yeux est encore bleu et d’autres changements sont encore à prévoir puisque j’ai enflé si rapidement durant l’opération qui dura 8 heures, que le chirurgien n’a pu compléter toutes les interventions qui étaient prévues (lèvre inférieure, paupière inférieure, base du nez et replis au menton). Dans les prochaines semaines, il complétera donc ses interventions et ma physiologie faciale changera donc encore beaucoup.

MAJ3

J’ai d’abord retiré ce billet, après publication, durant le week-end parce que je n’étais pas satisfaite de la photo de droite et que ma physionomie change encore rapidement. Je me ravise aujourd’hui et le remets en ligne puisque plusieurs ont déjà vu ce billet qui a été diffusé via fil RSS et Feedblitz et que bien que je ne sois pas encore entièrement satisfaite de cette vue de face (je le suis complètement de la vue de profil), je me dois d’être intègre envers mes lecteurs et d’accepter les imperfections qui existent encore. C’était à moi à ne pas mettre ce billet en ligne en premier lieu, si je ne voulais pas encore le diffuser. Voilà…

jeudi 10 juillet 2008

Les détails de ma FFS

Ma chirurgie de féminisation faciale impliquait le remodelage de l’os de mon front et de ma mâchoire (sablage). Pour ce faire, le Dr. Bensimon m’a ouvert le front d’une oreille à l’autre et l’intérieur de la bouche, au niveau inférieur. Il m’a aussi refait le nez et j’ai une petite cicatrice, à la base de celui-ci. Il a redrappé mes paupières supérieures qui étaient tombantes. Il m’a injecté de mon propre gras (qu’il a prélevé au niveau de l’abdomen) dans la lèvre supérieure. Finalement, j’ai aussi des implants au niveau des joues. Ces implants sont vissés sur mon os et ont été implantés via deux petites ouvertures à l’intérieure de ma bouche, au niveau supérieur. Lorsqu’il a recousu la peau de mon front, il a abaissé le niveau de la ligne de mes cheveux et positionné mes sourcils un peu plus hauts qu’ils étaient. Voilà donc les détails de l’opération, pour ceux que cela pourrait intéresser. Des photos de face seront mises en ligne, une fois que je serais complètement satisfaite de celles-ci (mon petit côté fier). Comme je suis encore enflée, de face, mon visage n’est pas encore celui qu’il sera dans quelques jours (ou quelques semaines). Voilà. Ha oui, l’opération a duré 8 heures sons anesthésie générale, je suis restée une journée à l’hôpital et deux jours à la maison de convalescence spécialisée pour Transsexuelle (l’Esclépiade), qui jouxte l’hôpital.

mercredi 9 juillet 2008

Photo avant/après

Chirurgie de féminisation faciale de Michelle Blanc, avant et après

Demain, ça va faire deux semaines que j’ai eu ma chirurgie de féminisation faciale. Mon nez, mes joues et ma lèvre supérieure sont encore enflés. Ça me donne un petit look Marge Simpson qui devrait s’estomper. Mais pour vous donner une idée, voici une photo avant et après. La photo avant a été prise en novembre dernier, avant que je ne prenne des hormones et la photo après a été prise il y a deux jours. Je suis donc très heureuse des résultats qui vont encore s’améliorer. Je suis surtout heureuse de pouvoir maintenant déambuler dans la rue sans avoir à subir ces regards de mépris qui m’ont tant fait souffrir. De me débarrasser de ceux-ci était l’objectif premier de mon opération et je puis d’ores et déjà être complètement satisfaite de l’atteinte de celui-ci…

lundi 30 juin 2008

Miss Piggy

Billet dupliqué de mon blogue principal

Je suis enfin de retour chez moi et je vais bien. Je me remets tranquillement de l’opération et je n’ai pas de douleurs (j’ai de la bonne drogue prescrite par mon médecin). C’est très inconfortable comme le docteur me l’avait prédit et j’ai la tête lourde. Mais de jours en jour, je découvre ce nouveau visage. La première journée je ressemblais à Miss Piggy, puis hier et aujourd’hui j’ai l’air d’une femme qui a été sévèrement battue. La constante dans tout ça est que j’ai déjà l’air d’une femme et j’en suis vraiment heureuse. Je revois mon chirurgien, le docteur BenSimon vendredi et dès lors, je devrais avoir une meilleure idée de mon nouveau look. Je vous embrasse tous et vous remercie encore de vos nombreux messages de soutiens…
MAJ
Un merci très spécial pour la pensée de Florence qui m’a beaucoup émue.

jeudi 26 juin 2008

Minuit

Billet dupliqué de mon blogue principal

Il est presque minuit, dans 8 heures débuteras la transformation complète de mon visage et donc de ma personnalité externe. Ça aura des effets indéniables sur ma personnalité interne. J’espère vraiment ne plus vivre le mépris et le dédain à mon égard, que j’ai vécu si vivement et amèrement cette semaine. J’espère enfin que de l’extérieur, on puisse voir la femme que je suis en dedans. J’espère enfin redevenir normale aux yeux des autres. Que de souffrances et que de joies profondes cette condition de transsexuelle me fait vivre. Ces derniers mois, ma vie s’est accélérée par dix. Autant j’ai eu des expériences touchantes, autant j’ai vécu le répugnant. La cadence des événements positifs et négatifs s’est multipliée par dix. L’intensité aussi. Jamais de ma vie je n’avais été touchée autant par la simple gentillesse des gens, et par leur méchanceté aussi. Cette expérience est profonde et troublante. Elle me fait voir des choses magnifiques et terrifiantes, de l’âme humaine. De la mienne et de celle des autres. Demain, je ne serai plus jamais la même personne. Je ne le suis déjà plus…

mercredi 25 juin 2008

Vacance de convalescence

Billet dupliqué de mon blogue principal

À partir de cette semaine, ma vie va changer pour le mieux, et ce, à plusieurs égards. Tout d’abord, je rencontre l’un de mes avocats cet après-midi, avec tous les documents nécessaires, afin qu’il enclenche les étapes légales en vue de mon changement de nom légal de Michel Leblanc à Michelle Blanc. Le changement de prénom relatif à un changement de sexe est une pratique peu dispendieuse et assez facile à faire. Mais comme je change mon prénom et mon nom, cela doit se faire devant un juge et il faut qu’il donne son aval et qu’il trouve les justificatifs satisfaisant (une couple de milliers de dollars) sinon il faut par la suite aller en instance supérieure et c’est là que ça risque d’écorcher sensiblement mon porte-monnaie. On parle de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Mais mon dossier semble très positif et je suis sûre que tout ira bien.
Puis jeudi, c’est le grand jour. À partir de 8 h, je suis sur la table d’opération pour subir une chirurgie de féminisation faciale. Les semaines qui vont suivre (mes vacances quoi) serviront à me rétablir et à récupérer des suites de celle-ci. Comme je serai aveuglée par les compresses un certains nombre de jours, je ne vous donnerai pas de nouvelles tout de suite après l’opération. Mais dès que je le pourrai, je vous laisserai savoir si tout a bien été. Comme c’est aussi mon habitude durant mes vacances, je ne bloguerai pas. Cette semaine je travaille, mais je n’ai vraiment pas la tête à discourir de commerce électronique ou de marketing internet. Disons que pour l’instant, mes passions sont sur la glace. Je serai de retour avec mon entrain habituel, quelque part à la mi-juillet, en fonction de mon rétablissement qui devrait être complété à ce moment. Je vous embrasse tous et je pars terminer mon dossier pour le donner à mon avocat cet après-midi. À bientôt…

MAJ
Pour avoir une idée de l'avant/après et pour comprendre un peu comment un "mâle" comme je l'ai été, peu devenir femme, je vous invite à lire l’article de cet ex-capitaine des parachutistes Britaniques, Jan Hamilton, dans le MailOnline.

MAJ2
Nous sommes aujourd’hui mercredi le 25, il est 16:15hr et j’ai été submergée de messages d’appuis, Facebook, Twitt, courriel et autre. Ça me touche beaucoup et je vous en remercie chaudement. Pour l’instant, je ne touche plus à terre d’anxiété. J’arrive de chez mon chirurgien dont le bureau est à 4 portes de chez moi et avec son humour bien particulier, il me demande comment je vais, je lui dis être anxieuse comme je ne l’ai jamais été de toute ma vie. Il me répond de ne pas m’en faire si je ne dors pas ce soir, que de toute façon, je dormirais amplement les prochains jours. Quel blagueur! Ce soir ce sera le Yulbiz mais je n’irai pas. Je suis trop émotive, anxieuse et pas supportable pour y être. J’en suis désolée. De plus, j’ai de la difficulté à recevoir et ça me mettrait dans tous mes états de recevoir tous ces commentaires des copains qui y seront et qui ne manqueraient pas de m’offrir leur support. C’est mon côté moumoune, que voulez-vous? J’ai aussi très peur des appareils photos et ne voudrait pas qu’on prenne « le dernier cliché de ma face » qui se retrouve sur le web, sans mon consentement. J’irais plutôt souper dans un bon restaurant avec mon cousin, et prendre un dernier bon repas solide, avant plusieurs jours. Une bonne bouteille de vin aurai bien arrosé ça, mais je dois me contenter de mon deuxième choix, un Pepsi (pas le droit de boire). Je suis donc vraiment très, très nerveuse, mon docteur comprend très bien la chose (je ne suis pas la première transsexuelle qu’il opère pour ce genre de chirurgie déterminante et radicale), je me sens en confiance avec lui, mais je lui donne tout de même un chèque en blanc pour qu’il change ma face complètement, sans savoir avant ce que ça va donner. C’est le côté vraiment « hallucinant » de toute l’expérience. Mais je prie pour que tout aille bien et suis encore émue de vos nombreux souhaits. Je vous embrasse tous avec ma bouche d’homme, avant de pouvoir le faire avec ma nouvelle de femme…

mardi 24 juin 2008

L’amour et le mépris

Aujourd’hui a été une journée vraiment spéciale à plusieurs égards. Après demain, je change de visage et j’ai passé la journée avec l’amour de ma vie. Elle était d’une tendresse et d’un amour bouleversant. Pour la première fois, elle m’a entrelacée en public, de longs moments. Je ne pouvais que sangloter de joie et me trouver chanceuse d’être aimée par une personne si exceptionnelle. Elle sait que j’ai rêvé que j’étais dans un cercueil à la morgue et que bien que je sois consciente que ce n’est probablement qu’un rêve symbolique de cet homme qui meurt, je ne peux pas m’empêcher de songer à cette autre mort possible sur la table d’opération. J’ai mis mes choses en ordre au cas où et nous nous sommes quitté en larme, comme si c’était la dernière fois que nous nous voyons. Nous avons même eu beaucoup de plaisir à passer cette journée ensemble et elle me disait qu’elle se sentait comme durant ces nombreux voyages ou nous déambulions en amoureux, dans ces rues inconnues de villes où nous n’étions jamais allées. Nous avons même eu de nombreux fous rires et j’ai encore en mémoire ce moment où pour nous protéger de la pluie, nous nous sommes réfugiées sous un arbre, sur un banc d’amoureux, juste à côté de l’Hôtel de Ville. C’était un moment magique.

J’ai eu aussi le plaisir de recevoir le téléphone de son fils, qui est aussi celui que j’aurais aimé avoir. Il me souhaitait bonne chance pour l’intervention qui s’en vient et me dit tout l’amour qu’il avait pour moi. D’ ailleurs, la semaine dernière, je le recevais à souper et à un moment donné il me dit comment il trouvait pénible depuis un an de voir toute la douleur et tout l’amour que sa mère et moi avions l’un pour l’autre. J’en pleurais à chaude larme de constater à quel point il avait été le témoin silencieux de cet amour profond que nous avons depuis maintenant 15 ans.

Pui il y a ce mépris. Comme nous avons marché plusieurs kilomètres dans Montréal, nous avons croisé des centaines de gens. Je n’avais jamais remarqué tout ce mépris que des inconnus peuvent m’afficher sans vergogne, parce qu’ils n’aiment pas la transsexuelle que je suis. Des dizaines de gens me regardant avec autant d’insistance et m’envoyant ces regards pénétrants de dédains et de dégouts. Je me sentais réellement comme un lépreux. Cette expérience troublante me pousse encore plus à espérer que ma chirurgie puisse faire de moi une personne normale de nouveau. Quel inconfort constant de se sentir rejetée et mépriser de la sorte. Ce sont d’ailleurs les communautés minoritaires qui sont les pires. Ces Noires, ces hispanophones et ces Portugaises qui me regardaient comme si elles venaient de voir le diable en personne. Jamais je n’oublierais ces regards qui me blessent tant. En marchant entrelacé dans les bras de mon amour pour quelques instants, enfin je me sentais normale de nouveau. Ne serait-ce que pour ces brefs instants. À un moment donné, sur Mont-Royal, je n’en pouvais plus de voir tout ce mépris et je me surpris à songer qui si je mourais sur la table d’opération, ce serait une belle mort. Qui règlerait bien des problèmes pour tout le monde, moi y comprise. Puis j’eu cette pensée pour ces autres trans qui n’auront jamais les moyens de se payer des chirurgies et pour le calvaire qu’elles devront endurer le reste de leur vie. C’est vraiment insoutenable et j’eus beaucoup de chagrin pour elles et pour moi. J’espère vraiment pouvoir être débarrassée de cette méchanceté et de ces incompréhensions, car je ne sais pas si je pourrais survivre à ça encore bien longtemps

mercredi 11 juin 2008

Les gens qui viennent me parler

Il m’est arrivé de « bitcher » sur ces imbéciles qui me dévisagent. Mais ces jours-ci, ce qui me surprend est les gens qui viennent me voir spontanément. Il y a bien certainement l’aspect curiosité (positive) que mon état peut susciter chez eux, mais il y a aussi sans doute autre chose que je ne peux encore m’expliquer. C’est comme si tout d’un coup, j’attirais des artistes, des designers, des gens avec une ouverture que je n’avais jamais attirés.

Sur un autre ordre d’idée, mais sur le même sujet, hier j’ai pris un drink qui s’est étirée en souper avec un nouveau contact d’affaires. C’est une femme d’une grande beauté et intelligence avec j’ai eu le plaisir de discuter business mais aussi des différents états d’âme que je traverse. À un certain moment donnée, elle me révéla qu’elle était fascinée par ce que je vivais, mais qu’elle ne pouvait pas encore me révéler pourquoi. Disons que ma curiosité maladive en prend un méchant coup. Mais quelle belle soirée j’ai passée en sa compagnie. Étant entre autres une spécialiste de la communication d’affaires, elle me dit avoir remarqué que dans mes allocutions et mes écrits, elle remarquait un manque d’assurance lié à ma condition, dont je devrais me défaire au plus vite, afin de redevenir mordante comme je l’ai toujours été. Encore une autre remarque intrigante! Pour en finir avec cette charmante personne, elle me dit : tu sais Michelle, lors d’épreuves, il y a toujours des gens nouveaux qui apparaissent. Je crois qu’elle a bien raison.

De plus, deux de mes très bons amis à qui je n’avais pas parlé depuis que je leur avais annoncé ma transition m’ont téléphoné cette semaine. Ils avaient bien pris la nouvelle, mais comme nous ne nous étions pas parlé depuis, je m’inquiétais un peu de leurs réactions subséquentes. Elles sont encore plus positives que prévu. Ce qui me fit un réel bien.

dimanche 8 juin 2008

Mon amour s’éloigne

Après certains moments tristes, voici ce qui est aussi apparu sur mon blogue poétique Côté Givré

Je te vois tranquillement t’éloigner et je pense à la mort.
Je sais combien ma condition te fait souffrir et tu es la dernière personne que je veux savoir souffrir.
Je sais être la cause indirecte de tes souffrances.
Je te vois difficilement tenter l’adaptation impossible.
Je vois ton deuil de l’homme que tu aimes.
Je vois la non-attirance de la féminité qui m’envahit.
Je comprends le déchirement intérieur que tu vis à chaque instant. Ce déchirement entre la personne que tu aimes et son nouveau sexe qui t’éloigne, entre la grande admiration et la réaction contre les regards de mépris, entre la compréhension et l’incompréhension, entre ce rapprochement qui t’éloigne des autres, entre l’homme que j’étais et la femme que je suis.

Quelle profonde tristesse que de savoir ta douleur! Quelle culpabilité et quel amour que tu portes à vouloir être là dans mes moments difficiles. Quelle joie que de savoir que malgré tout, nous aurons toujours cette lumière à partager…

jeudi 5 juin 2008

Encore trois semaines et je change de visage

Le compte à rebours a commencé. En fait, ça fait déjà plusieurs mois qu’il a commencé, mais comme l’échéance approche, la nervosité, l’excitation, l’angoisse et la peur se font plus fortes. Je viens de me maquiller et je me regardais vraiment attentivement dans le miroir. J’essayais d’imaginer ce nouveau visage que j’aurais bientôt et ce n’est vraiment pas facile (dans ma tête en cout cas). Tout à l’heure je m’en vais me faire épiler et demain ce sera la teinture. À chacune des personnes que je rencontre désormais je ne peux m’empêcher de me dire (et de leur dire quelquefois) que c’est probablement la dernière fois qu’ils me voient avec mon visage actuel. Les quelques personnes à qui je l’ai verbalisé me disaient un gros « bof », « mais voyons Michelle ». Il est vrai que je suis la seule (avec mon ex., qui a vraiment peur de ne plus me reconnaître) qui semble réaliser qu’elle sera l’ampleur de ces changements. C’est vrai aussi que je serais la seule à vivre avec les conséquences positives ou négatives de ce changement profond. C’est quand même toute une loterie que de donner son visage à un chirurgien et de ne pas avoir une idée précise de ce que sera le résultat avant? Je sais exactement qu’elles seront les procédures et leurs risques, mais comment vont être mon nouveau nez, front, yeux, bouche, joues, menton et quel sera l’ensemble de chacun de ces éléments? Je n’en ai aucune idée et le chirurgien non plus. Du moins, il ne veut pas se prononcer. Comment fera-t-il mon nez? Aucune idée. Disons que je prie pour que le résultat soir satisfaisant et j’essaie vraiment de ne pas mettre mes attentes trop hautes…

lundi 2 juin 2008

De la difficulté

Certains jours, ça va vraiment très bien. Mais d’autres fois, il suffit d’un ou d’une imbécile qui fait exprès de m’appeler « monsieur » et ma bonne humeur chavire. Parfois, je trouve ça vraiment lourd d’êtres une transsexuelle. J’ai vraiment de la difficulté à me regarder dans les yeux des autres et à remarquer à quel point je ne suis plus « normale ». Je vois aussi les efforts incroyables de certains de mes proches et je suis triste de me savoir la cause de leurs chagrins et du deuil de « l’homme » qu’ils appréciaient. Récemment, j’ai rêvé que j’étais morte et je me voyais dans un cercueil à la morgue. Par la suite, je me disais que ce serait une belle mort si jamais je ne traversais pas l’opération FFS et si j’y restais. Mourir en dormant, ce n’est vraiment pas mal comme mort et souvent, je me suis dit que ce serait la plus belle des morts. Je ne serais donc plus un poids pour mon entourage et moi-même et je pourrais renaître en fille et avoir une vie normale et même avoir ces enfants qui me manquent tellement dans cette vie-ci. Puis je me dis que je dois avoir un « karma fucké » et que j’ai certainement à apprendre de cette épreuve que je n’ai pas souhaitée avec laquelle je me dois de composer au meilleur de mes capacités.

J’aimerais tellement dire toute cette douleur qui m’habite parfois et de ses souffrances que je crée aux autres. Mais je ne peux tout dire puisque d’autres personnes sont impliquées et que je me dois tout de même de conserver un certain décorum pour eux. Des fois, je suis vraiment vraiment fatiguée et triste de tout ce qui m’arrive, mais j’ai tout de même l’espoir de jours meilleurs…

P.-S.
Je vais faire mes préparatifs au cas où j’y resterais. Ainsi, tous mes contenus Web, ici et ailleurs, seront mis hors ligne après mon trépas et seront distribués et regroupés par la suite sous format papier. Les revenus potentiels de « mon corpus » iraient en totalités à l’amour de ma vie et lui permettraient peut-être de mettre un baume sur sa douleur…

mercredi 28 mai 2008

On me cite en exemple sur un forum shemale

Quel ne fut pas ma surprise de voir un « back-link » vers mon blogue professionnel, venant d’un forum d’amateur de shemale (ces transsexuelles non-opérées dont certaines se doivent malheureusement se prostituer pour se payer leurs opérations).


le 3 mai oubliez pas cest la fierte transexuelle a luquam ca va etre ma premiere annee jcompte my rendre cest supose finir le soir au cleopatre avec des spectacle de drag kinget vous aller voir ya bcp transex a montreal des filles qui son des professeurs dautre qui bosse au casino montreal des etudiante a luniversite stc...... venez voir la diversite

(…)
j'sais pas pourquoi mais le site fait pas la promo avec des photo comme shemtl....C pas le genre de party j'ai le gout d'y aller....Ya rien qui donne le gout dans les media archive....Etes-vous d'accord avec moi? C'est des pic vraiment nul (dumoin y font pas de pub porno ca c sure...) Pis avant de rever a ca....dsl ca va me prendre une autre vie....C sure y'en parle sur ce forum, mais arranger ous donc pour etre sur les page du journal , je suis sur l'an prochain ca va mieux marcher....

(…)
desoler pour toi mais la reality de la vrai vie cest ca ,toi tu vi dans le monde de fantasme mais la fierte cest quil existe plein dautre style de transex qui vivent autre chose que le porno et lescorte comme dans le monde straitgh et cette convention on y parle du cote humain et psychologique si ca tinteresse pas tant pi .En passant jconnai plein fille transex qui son aussi hot que les escorte sur le site et qui on une job dison normal dans societe tu serai surpris.

(…)
Pour appuyer ce que vient de dire Kimara, j’ai eu l’occasion dernièrement d’assister à une série de conférences concernant le commerce électronique. Une des meilleures conférencières était Michelle Blanc (née Michel Leblanc). Elle est reconnue comme une des meilleures dans ce domaine au Canada. Donc, toutes les TS ne se retrouvent pas nécessairement dans le domaine du sexe. Il y en a aussi dans bien d’autres domaines. Et, probablement qu’il y en aura de plus en plus.Voir son site à http://www.michelleblanc.com/curriculum-vitae/


Finalement, c’est flatteur pour moi et si ça peut détruire certains préjugés tenaces à-propos des transsexuelles, c’est tant mieux. Je sais être vraiment chanceuse comparativement à plusieurs de mes sœurs qui vivent la même chose que moi. Lors d’un meeting trans, j’écoutais avec consternation l’histoire de l’une d’elles qui s’est fait violer, à répétition, par ses ex-collègues à la « shop » ou elle travaillait. Lorsqu’elle est allée demander de l’aide aux organismes de soutiens des femmes violée, on la retourna de bord « parce qu’elle n’était pas une femme ». Quelle tristesse et quel calvaire pour cette femme et pour toutes les autres qui souffrent encore trop de la méchanceté et de la perversion humaine…

mardi 27 mai 2008

$50 de rabais pour avoir revendiqué mon statut de trans

Hier je suis allée au garage "Des Pins Esso Station Service" pour récupérer ma voiture que j'avais laissée là l'avant-veille. J’avais un problème de pompe à eau et ne pouvait plus rouler avec ma minoune. J’ai donc demandé au pompiste de faire réparer ma voiture, une fois que j’aurais reçu l’estimation et de faire un graissage changement d’huile en même temps. Mais voilà que le pompiste m’appelle « monsieur » gros comme le bras et qu’il récidive à plusieurs reprises. Le lendemain, en allant récupérer ma voiture, je me rends compte qu’ils n’ont pas fait le changement d’huile, c’est alors que le préposé m’indique qu’ »ils peuvent le faire et que ça ne prendra pas plus de 15 minutes. Un homme avec une chemise Esso m’invite à m’assoir (sur le seul banc qui est à côté de lui). Il me dit être en train de diner (il est 16 :30hr). Nous entamons la discussion qui est vraiment positive, il s’enquiert de ma condition et est très respectueux et curieux de savoir comment je vis ça. Je lui raconte mon boniment (ça commence à faire déjà plusieurs fois que je répète la même histoire, mon disque est bien rodé) et lui mentionne comment j’ai été triste de me faire accueillir « virilement « par l’un de ses collègues la veille. Lorsque vint le temps de payer la surcharge pour le changement d’huile, je me rendis compte que l’homme en question est le propriétaire de la station et pour l’inconfort que je subis la veille, il déchira ma facture de $50, m’assura qu’il parlerait à son pompiste, me dit « ma chère madame » à plusieurs reprise et fit l’impossible pour que je sois contente. Je trouvai ça vraiment chic de sa part et ça me fait vraiment plaisir de vous raconter cette histoire. Cependant, ce matin, le même stratagème se répéta à l’hôpital Hôtel-Dieu de Montréal. Un technicien infirmier qui devait me faire un électrocardiogramme m’interpella par un gros « monsieur ». Je lui signifiait que j’aimerais mieux qu’il m’appelle madame mais il me montras ma carte d’assurance Maladie qui dit que je suis un homme. Je lui expliquai que les changements légaux sont en cours et que ça prend du temps pour ces choses là. Il fit comme si je ne lui avais rien dit et me répéta monsieur faite ce ci ou faites cela au moins une vingtaine de fois et parti à la course une fois l’électrocardiogramme terminée. J’ai songé aller faire une plainte au service aux usagers de l’hôpital mais je sais que ça me prendrais une éternité et bien que cette situation me chagrine, je dois vivre avec et espérer qu’une fois ma FFS complété, ce genre de truc qui fou mon moral à terre, diminue sensiblement. Sinon, je devrais développer des mécanismes de réaction pour me protéger davantage de la méchanceté de certaines personnes…

Grosse journée émotive aujourd’hui

Ce billet a d'abord été publié sur mon blogue principal

Lors de mon coming-out sur ma condition de transsexuelle, je n’irai pas par quatre chemins, je vous ai dit que je ne parlerais pas beaucoup de ce que je vis ici et que j’ouvrirais plutôt un autre blogue (femme 2.0) pour expliciter ça. Mais aujourd’hui c’est une journée charnière importante et très émotive pour moi. Pour mal faire, je reçois deux appels téléphoniques d’individus qui veulent me vendre leurs services et qui disent être allés sur mon site. Le premier m’appelle monsieur gros comme le bras et le deuxième, plus délicat, me demande cou donc, vous êtes un homme ou une femme? Ce à quoi je réponds « une transsexuelle en transition qui est en train de devenir une femme» et après avoir écouté son boniment, il termine en me souhaitant une bonne journée « monsieur ».
Toujours est-il que je sors du bureau du chirurgien qui va pratiquer sur moi une FFS (Facial Feminisation Surgery). Nous avons discuté des différentes portions de l’opération, des nombreux risques et complications possibles, de mes attentes, de mes angoisses et de ma basse capacité de vivre la douleur (il m’a assuré qu’ils avaient de la bonne drogue). Je reviens donc chez moi heureuse d’être fixée sur toutes ces transformations et impressionnée des exemples d’autres patients qu’il a déjà opérés. Mais je suis terriblement angoissée que mes comptes à recevoir arrivent et que mon budget permette de faire le paiement de plusieurs dizaines de milliers de dollars à l’échéance prévue. Je sais que ce sont des choses dont on ne parle pas habituellement, ma pratique va vraiment très bien, mais on parle tout de même d’un méchant gros montant à verser. J’ai aussi parlé avec mon ex. de ma rencontre avec le chirurgien et de ma peur de voir ce nouveau visage. J’ai pleuré abondamment et j’angoisse de ne plus me reconnaître, de souffrir, de peut-être y rester, de tomber du mauvais côté des statistiques et de la pression constante que j’ai sur les épaules pour affronter le monde avec dignité, de faire mon boulot comme si de rien était, de ne pas m’en faire avec les regards méprisants et les « monsieur » qu’on me donne de façon régulière et d’enfin être forte. Surtout que le but de cette opération n’est pas de faire de moi une « cover-girl » (quoique j’aimerais ça), mais plutôt de diminuer sensiblement les regards de mépris d’imbéciles, de me féminiser davantage et de faire que je puisse déambuler dans la rue sans être une attraction pittoresque. Deux touristes la semaine dernière me disaient comment elles me trouvaient « cute » et voulaient me prendre en photo. Elles pourraient dire à leur retour à la maison regarde la belle transsexuelle que j’ai prise en photo. Yé! Méchant beau compliment… C’est ce genre de truc que j’aimerais qui diminue.
Pour ceux et celles qui n’ont pas le cœur trop sensible, vous pouvez visionner ce montage photo d’une transsexuelle qui est déjà passé par là. Vous comprendrez dès lors, une portion de mes angoisses et excuserez sans doute la digression à ma ligne éditoriale habituelle …

mardi 6 mai 2008

Une vieille connaissance

Avant-hier, à mon retour de faire des commissions à pied, je croise une amie que je n’avais pas revue depuis au moins 2 à 3 ans. Je m’arrête pour lui dire bonjour. Elle est d’abord surprise puis me reconnaît. Elle me demande si je connais Phil X (mon associé dans une affaire) et me dit qu’elle est copine avec lui et qu’il lui raconta ce que je vivais sans savoir qu’il s’agissait en fait de mon histoire. Le monde est vraiment petit. Puis elle me dit combien ma transformation est fabuleuse et que si je ne l’avais pas arrêté, jamais elle ne se serait doutée que j’étais une trans. Elle trouvait que j’avais beaucoup de classe et de style. Wow, ses commentaires firent ma journée et me donnèrent une énergie et une confiance incroyable. C’est fou comment quelques mots positifs peuvent faire effet! De plus, elle me demanda des nouvelles de ma demi-sœur et de son mari qu’elle connaît très bien et voit souvent. Je lui confiai qu’ils ne me parlent plus depuis 6 mois et qu’ils ont très mal réagi à ma condition. Elle m’assura qu’elle s’empressera de les chicaner la prochaine fois qu’elle les verrait. À ce propos, une connaissance d’affaires qui est aussi amis avec mon beauf discuta longuement avec moi lors d’un cocktail d’affaires que j’organise. Je ne soulevai pas du tout mon quiproquo avec le beauf et fit plusieurs blague avec lui. Il m’estime vraiment et je suis certaine que si le beauf lui demande des nouvelles de moi, il sera réellement surpris de la réponse. Du moins, je l’espère et je souhaite qu’un jour, certains membres de ma famille reconnaissent l’injustice et la profonde douleur qu’ils m’ont faites pour quelque chose dont je ne suis nullement responsable. M’enfin, heureusement qu’il y a bibitte, mes amis, mes clients et mon psy. D'ailleurs, je remarquais que de plus en plus, des gens viennent spontanément vers moi pour me parler. Je me suis fait un tas de nouvelle connaissances qui ne me connaissent qu’en tant que femme. Ça fait vraiment du bien de me voir dans leurs yeux et commentaires.

dimanche 4 mai 2008

De la synchronicité

Hier j’étais avec bibitte et je lui disais combien il m’était difficile d’être avec elle en public et de ne pas avoir la possibilité de lui démontrer mon affection comme je le faisais régulièrement et machinalement avant. Elle fit une relation avec notre dernière émission de télévision préférée commune, Pushing Daisies. Dans cette série, il y a une très belle histoire d’amour entre les deux acteurs principaux. Ils s’aiment profondément, mais ne pourrons jamais se toucher parce que si tel était le cas, l’héroïne mourait aussitôt. Étant donné la grève des scénaristes américains, nous ne savons pas la suite de l’histoire et ne savons pas s’ils réussirent finalement à pouvoir se toucher. Disons que nous voyons une certaine similitude avec ce que nous vivons présentement…

dimanche 27 avril 2008

De la mélancolie

Ce soir je suis triste. Je m’ennuie d’un tas de choses. Je m’ennuie de ma femme, des ballades que nous faisions en vélo, des soirées dans le bain-tourbillon à regarder le soleil se coucher, des journées de jardinages avec elle, du plaisir que nous avions à sélectionner les fleurs et à jouer dans la terre humide. Je m’ennuie de me promener dans la rue sans avoir à subir les regards curieux, de moquerie ou pire, de dédain. Ce soir j’ai le blues. C’est sans doute le printemps, le choc d’avoir donné tous mes beaux habits, la tristesse de me promener avec mon ex. et de ne plus pouvoir la toucher. La grisaille de faire comme si nous étions deux copines plutôt que les amants que nous sommes toujours. Ce soir, j’ai la douleur de savoir toute la souffrance que je lui crée. Ce soir ça va me coûter cher de kleenex…

samedi 26 avril 2008

Du deuil

La semaine dernière je suis allée à une réunion de trans. Il y avait dans la salle deux gars passablement viril et masculin. Je me disais « mais comment vont-ils réussir à devenir des femmes ». Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre qu’ils étaient des transsexuels de femme à homme! Quelle remarquable transformation! Je n’en revenais pas. Mais ce qui me surpris réellement fut d’apprendre qu’après avoir vécue en nomme plusieurs années, ils n’en pouvaient plus de vivre le secret de ce qu’ils étaient et ils firent un 2e coming-out pour avouer à leur entourage professionnel médusé, qu’ils étaient en fait des transsexuels. La bombe! Ils n’en pouvaient plus d’inventer des mensonges et de devoir vivre avec. Cela fut un choc pour moi et me fit réaliser que bien que je vais me féminiser de plus en plus, je resterais à jamais une transsexuelle et qu’inévitablement, on me le rappellera sporadiquement, selon les aléas de la vie. Une trans d’un certain âge raconta que lors d’une visite à l’hôpital, elle subit une échographie et le technicien pensant avoir la berlue, ne revenais pas de voir une prostate sur une femme! Ça vous donne une idée du genre de situation qu’inévitablement je vais devoir subir. Ce qui m’amène à la question du deuil de ma masculinité. Hier soir, en présence de mon ex. j’ai donné tous mes beaux habits d’homme. J’étais contente de faire plaisir à la personne à qui je les ai donnés (et à son épouse qui le trouvait bien beau et ils ont 4 enfants, c’est donc une économie vestimentaire qui les aidera certainement). Mais en même temps, je réalisais que plus jamais, je ne serais ce beau grand mec viril que j’ai déjà été. Je regardais d’ailleurs ma photo de passeport prise il y a 18 mois et le changement est réellement drastique. Lorsque je lui fis essayer mon chapeau de paille que j’ai porté tout l’été dernier et lors de mes dernières vacances avec mon ex. Elle explosa de tristesse et ne pouvait se faire à l’idée que je donne celui-ci. Je le repris donc et le plaça dans un sac, dans la garde-robe. Je compris que pour elle, tellement de souvenirs heureux sont représentés par ce couvre-chef que je me dois de le garder pour elle. Puis elle me dit que ça lui faisait drôle de voir mon chum dans mes habits et moi à côté de lui en femme. Elle réalisa que j’étais tout de même séduisante et ça l’a un peu aidé se défaire tranquillement de l’image et des souvenirs qu’elle a avec moi depuis 14 ans.

Il y a aussi ce courriel que je reçois d’un webmestre qui m’informe qu’il a changé mon nom de Michel Leblanc à Michelle Blanc dans son blogroll. Puis il me demande s’il se devait de changer toutes les références passées qui m’identifient. Je lui répondis que je me dois d’accepter la personne que je suis maintenant, mais aussi d’accepter celle que j’étais. J’ai été heureuse dans ma vie et je suis la somme de toutes les expériences que j’ai vécue. Je n’ai donc pas à renier mon passé, mais à vivre au présent. J’ai été homme et je deviens femme. Je suis vraiment ravie de la femme que je me vois devenir, mais je suis fière aussi de l’homme que j’ai été. Ce n’est donc pas un deuil complet de l’homme que je fais. Ce n’est que plusieurs petits deuils, mais surtout c’est plusieurs petites naissances et la réalisation que les transformations viennent et complètent ce que j’ai été.

Mise à jour des dernières semaines

L’imbécile qui m’a agressée est venu s’excuser la semaine suivante. J’ai accepté ses excuses et je les invité à poursuivre son chemin ailleurs (dans le genre de maintenant dégage). J’ai fait deux conférences en tant que femme et les deux conférences ont bien été. J’ai blagué dès le début sur le fait que je suis en transition et ça a bien passé. Plusieurs gens m’ont par la suite confirmé qu’ils avaient bien aimé ma présentation, alors ça m’a rassurée.

Via d’autres technologies, des gens me demandent de plus en plus souvent si je vais écrire un livre. Cela est difficile pour moi puisque je ne peux pas écrire à quel point les membres de ma famille sont fermés et blessants(puisque malgré tout on va certainement se revoir un jour. Probablement à la mort de mon père) et à quel point mon ex-conjointe est extraordinaire. Elle ne veut pas que je parle d’elle dans mes blogues. Ça réduit donc de beaucoup ce que je peux dire sur mon entourage, ce qui est tout de même une dimension capitale de ce que je vis. Je dirais cependant que mon ex. s’adapte admirablement à ma condition et qu’il y a de très grandes chances que nous poursuivions notre vie commune. Si tel n’est pas le cas, elle restera à jamais ma meilleure amie et la personne la plus importante pour moi et celle que j’aime le plus sur cette terre.

De plus en plus souvent, des amis, des clients et même mon ex. me disent qu’ils remarquent une énergie positive et une lumière qui émane de moi, qu’ils n’avaient jamais vue auparavant. Ils me disent aussi que je suis plus calme, souriante et même d’un humour nouveau. Ça fait du bien à entendre.

Mon psy que je ne vois plus qu’aux trois semaines, lors de ma dernière visite, me disait. « Michelle, si j’avais à te donner une note pour ta gestion du stress et de ta transition, je te donnerais un A+. Le chemin que tu as parcouru de « super macho » à la femme épanouît et féminine que j’ai devant moi aujourd’hui, est réellement remarquable. Tu sais, depuis 25 ans j’ai rencontré beaucoup de trans et peu d’entre eux ou elle, sont parti d’aussi loin pour avancer aussi positivement et bien que toi ». C’est vrai que je le paye grassement, mais il n’était vraiment pas obligé de me dire une telle chose. Ça m’a réellement fait plaisir.

Ma FFS est prévue pour le 26 juin avec le Dr. Bensimon. J’ai un mélange de peur et d’excitation. J’ai peur de la douleur (je suis moumoune et je vais demander au Dr. De me donner de la bonne drogue) et de m’adapter à ce nouveau visage dont je ne sais presque rien aujourd’hui. Comment vais-je m’adapter à changer aussi radicalement? Je ne sais pas. J’ai aussi l’excitation de pouvoir enfin déambuler sur la rue et de ne plus subir ces regards de jugements ou pire encore, de moquerie. Je m’habitue à eux, mais certaines journées, c’est vraiment plus lourd à porter que d’autres.

Je suis allée prendre un verre avec de vieux amis. Ce sont deux gaillards passablement machos. Je fus surprise et contente de les voir se chicaner pour savoir lequel serait le plus galant avec moi. C’était une situation réellement enivrante. À certains moments, ils m’agaçaient comme nous le faisions dans le temps et évidemment, ma réplique « fais attention, je suis encore capable de t’en « crissé » un dans la face » les fit bien rigoler. D'ailleurs, l’un d’eux me dit « tu sait Michelle, il y a quelques mois tu n’étais pas encore vraiment bien dans ton genre. Lorsque tu me demandais « pis, je suis comment », je ne savais pas quoi répondre. Quand ma femme me demande ça, je ne sais pas quoi répondre, alors quand ça vient de toi, mon vieux chum, je suis vraiment bouche bée. Mais ce soir, tu es belle, tu es bien dans ta peau, tu rayonnes et ça fait vraiment plaisir de te voir ainsi.

Mise à jour

Mon ex viens de lire ces lignes et me permet tout de même de parler d,elle un peu. Je me dois de respecter sa vie privée et vous ne saurez donc jamais son nom. mais elle comprends que ça me fait du bien de parler de ce que je vis et elle sait qu'elle est très importante pour moi .

mercredi 9 avril 2008

J'ai peur de la FFS

La chirurgie de féminisation faciale (FFS Facial Feminisation Surgery) approche et je commence à avoir peur. Peur des coûts mais surtout de la souffrance anticipée. Je viens de regarder le vidéo http://www.youtube.com/watch?v=OWQeVV5JEYk et ça me donne la chair de poule. Cette opération qui a été pratiquée par le Dr. Spiegel de Boston donne des résultats très encourageant. Dans mon cas, il me parle d'un investissement de $32 000 US. Si je fais l'opération au Canada avec le Dr. Bensimon, on parle plutôt de $22 000 CDN. Une grosse différence de coût mais aussi d'expérience. Le Dr Bensimon n'as pas fait le nombre impressionnant d'opération qu'a faite le Dr. Spiegel. Mais il est au Canada et est tout de même un chirurgien reconnu. Je penche de son côté mais là j’ai un de ces mal de tête…

samedi 5 avril 2008

Entrevue à Folie Douce

Depuis 15 ans, l'émission de radio Folie Douce de Radio Centre-ville s'intéresse à la santé mentale. Ayant écouté l'entrevue que j'avais accordée à Arcand, ils ont décidé de m'inviter pour parler d'un sujet qu'ils n'avaient jamais traité. La dysphorie d'identité de genre. C'est avec plaisir que j’ai acceptée leur invitation et l'enregistrement de l'émission est ici (MP3). J'hais l’entendre parce que je déteste cette voix qui est encore beaucoup trop masculine. Par contre l’entrevue peut démystifier cette copndition et aider les autres qui en souffrent comme moi.

Mon premier transphobe

Vendredi dernier je suis sortie dans un bar lesbien du village gay de Montréal. J’ai grandement été surprise de voir à quel point les lesbiennes, incluant ce que l’on nomme les « butchs », sont tendres entre elles. Leurs gestes, leurs attitudes et leurs manières d’êtres, m’ont vraiment surprise. On ne voit pas cette tendresse dans les bars hétéros ou homosexuels masculins. Ce doit être une attitude typiquement féminine ou alors, ce n’est qu’une perception biaisée par mes hormones…

Toujours est-il qu’après la soirée, je me suis assise au comptoir du restaurant Le Club Sandwich, dans le Village gay. C’est alors qu’un abruti décida de me faire la vie dure et de me lâcher à la tête des conneries du genre :
Hey Madame Monsieur
Pourquoi veux-tu être une femme
Tu n’es sera jamais une!
Regqarde tes oreilles, ton gros nez ta pomme d’Adam, tes mains, tes pieds, ta grandeur et ta carrure d’homme. T’es folle ou quoi? Et patati et patata.
J’en fus tellement surprise, que je restais pantoise et en perdait tout mes moyens. J’ai une grande gueule et suis vraiment capable de me défendre verbalement ou même physiquement, mais là, je ne m’attendais tellement pas à me faire agresser de la sorte, dans le village et surtout par un gay, que je ne savais quoi dire. Cependant, maintenant que j’ai eue cette expérience, je serais mieux armé pour envoyer chier solidement le prochain qui osera me faire chier de la sorte. J’y ai pensé durant toute la semaine…