mardi 12 août 2008
Du deuil
Apprendre à gérer le mépris
Avec le Bill Omnibus de Trudeau, ça a un peu changé. Pour en revenir à la question du mépris, mes mécanismes de gestion possible sont de relativiser (peut-être que la personne est inconsciente), de m’apitoyer (ça me fait de la peine si tu es « pas fin » avec moi), d’ironiser (appeler la personne qui m’appelle monsieur par l’opposée de son sexe), de blaguer (j’ai pas encore trouvé de blagues vraiment bonne, va falloir que je travaille là-dessus) ou de finalement développer un aveuglement sélectif (ne plus voir tout ce mépris et me faire à croire qu’il n’existe pas). L’autre façon de gérer ça est aussi d’être la trans de service et de développer une sorte de « fierté trans », comme la « fierté gay » et de militer et d’expliquer ad nauseam, les tenants et aboutissants de cette condition qu’on peut aussi appeler un caprice de la nature. Mais je ne suis pas encore là et ne suis pas encore « fière » d’être un trans. Le serais-je jamais?
lundi 11 août 2008
Un week-end très émotif
Samedi, nous sommes allées toutes les deux au pique-nique annuel de l’association des transsexuelles du Québec. Ça me fait toujours du bien de voire que je ne suis pas la seule avec ce problème et c’est très bénéfique pour mon ex. de parler à d’autres trans et transboy (trans de femme à homme) et de découvrir que nos histoires sont somme toute, très semblables. Elle était aussi surprise de remarquer à quel point cette condition affecte des gens de toutes les classes sociales, profils psychologiques et capacités intellectuelles. Lorsque nous sommes revenues, elle hésitait entre me donner de la tendresse on s’en tenir à notre décision de nous donner la liberté d’aller voire ailleurs.
Puis hier soir, j’ai reçu l’appel de mon filleul dont je n’avais pas entendu parler depuis décembre dernier. Il a réellement été le garçon que je n’ai jamais eu et je l’ai gâtée depuis son tout jeune âge. La semaine dernière était son anniversaire et mon ex. et moi lui avions envoyé une carte et un cadeau par la poste puisque ses parents ne veulent plus me voir. Hier soir, il me téléphona pour me remercier et pour me dire qu’il aimerait bien me revoir. J’en étais très émue et contente et j’anticipe le plaisir de cette prochaine rencontre.
Tout ça pour vous dire que j’ai versé de nombreuses larmes ce week-end et que j’ai bien hâte de voir mon psy tout à l’heure et de discuter de ça (et de bien d’autres choses) avec lui.
lundi 4 août 2008
Ma chirurgie faciale, deux jours après
Il y a déjà un an
Ce week-end, un monsieur durant un party auquel j’assistais, et qui savait que j’étais trans me dit, « tu devais être un bel homme parce que tu es vraiment une très belle femme ». Puis, il voulait savoir quelle était dorénavant mon orientation sexuelle. J’étais rouge comme une tomate, je bégayais et essayais de lui faire comprendre que j’étais lesbienne. Ça me faisait réellement plaisir puisque ça validait un peu ma féminité nouvelle, mais en même temps, je ne me suis pas réellement préparée à ça. La semaine dernière, un groupe de joueurs de pétanques d'un certain âge me sifflait et l’un des joueurs s’exclama, « Ho le beau parapluie », je regardais tout le tour de moi, mais j’étais bien celle à qui ces sifflotements et ces remarques étaient destinés. Je les remerciais poliment et continua de marcher en regardant droit devant. Disons que je marchais un peu plus vite qu’à l'accoutumée…
vendredi 1 août 2008
Ces autres blogueuses que j’aime
Il y a, dans l’ordre ou elles me viennent à l’esprit et outre celles déjà nommées dans le précédent billet :
Kim Vallée
Nadia Seraiocco
Isabelle Lopez
Marie-Josée Belley
Sandra Doyon
Martine Gingras
Martine Pagé
Michelle Sullivan
Panthère Rousse
Aurelie Ponton
Véronique Desrosiers
Isabelle Poirier
Geneviève Piquette
Mademoiselle Klektik
TanMcG
MERCI DU FOND DU COEUR D’AVOIR ÉTÉ SI GENTILLES AVEC MOI
Mon blogue trans, sort tranquillement de l’ombre
Michel (j’étais encore un homme à cette époque), tu me dis que tu as déjà fait ton coming-out à tes clients et qu’ils réagissent bien. Tu me dis que plusieurs personnes qui vivent ce que tu vis finissent par se suicider, tu as un don et avec le don vient une responsabilité. Tu as le don de la communication et de la vulgarisation et ce que tu vis, es encore peu connue et as vraiment besoin d’être vulgarisé et s’il y a une personne qui peut le faire au Québec, c’est bien toi. Tu as le devoir de parler. De plus, si tu fermes ta gueule, toi qui es l’apôtre de la communication transparente, que feras-tu lorsque durant une conférence, quelqu’un te dira : oui, mais vous nous avez menti sur votre condition tout ce temps? Tu dois donc parler, ne pas te cacher puisque de toute façon, ce que tu vis n’est pas de ta faute et tu dois assumer publiquement et fièrement qui tu es.
Après ce discours-choc, je fus ébranlée durant une grosse semaine et puis je me décidai de mettre en ligne mon coming-out qui était déjà écrit depuis plus de deux mois. Puis j’acceptai une entrevue du journal La Presse puis celle de Paul Arcand, le morning man le plus écouté au Québec et à l’émission de la radio communautaire, Douce Folie, qui traite de santé mentale. Cependant, j’ai aussi refusé des topos de Dernière Heure et d’apparaître à l’émission de Mongrain. Je continue donc de protéger mon image et je ne veux pas devenir la trans de service pour les médias qui pourraient vouloir faire un cirque de mon histoire. J’ai aussi déjà refusé 4 offres de documentaires sur ce que je vis. Je veux être transparente, aider les autres (si possible) et surtout, documenter ce que je vis, pour moi-même et pour éventuellement faire quelque chose avec ça. D’où la naissance de ce blogue, qui était d’abord complètement fermé et seulement accessible aux copines transsexuelles MySpace (environ 250), qui étaient mon groupe de soutiens virtuel et ma source d’information privilégiée pour comprendre comment d’autres personnes qui vivent la même chose que moi, sont arrivées à survivre à ça.
Mais voilà que ce qui a longtemps été un blogue « intimiste » sort un peu de l’ombre, et semble toucher des gens qui sont très loin de la problématique transsexuelle. C’est donc tant mieux, ça me fait plaisir, ça me touche et ça remplit un peu la mission que l’ami Martin m’a si directement identifiée comme étant l’un de mes devoirs de vulgarisation.
Pour rester dans le même sujet, et changer un peu, hier soir en discutant avec l’amour de ma vie, elle me dit que son voisin avait été impressionné d’entendre mon entrevue à Arcand de cet hiver et de connaître la conjointe, ainsi que la personne qui vivait ce drame. J’ai donc appris que l’entrevue de cet hiver était en rediffusion avant hier et je comprends mieux pourquoi il y avait tant d’activité sur mon blogue pro, et de recherche Google avec les différentes déclinaisons possibles de mon nom.
Aussi, hier c’était l’Intellexuelle, qui se disait touchée par mon blogue, aujourd’hui, de l’autre côté de l’Atlantique, c’est au tour de Stella de la Rhune d’y mettre son grain de sel.
•••Michelle Leblanc www.femme-2-0.blogspot.com
parsk C une pro du Marketing 2.0 de la bande de Montréal, créatrice du Yulbiz avec Philippe & Claude
notamment, et je choisis D'exprès son blog perso, car elle vit actuellement une histoire personnelle pas banale, qui me touche beaucoup, car ça fait réfléchir à
la grande question de la féminité,
Ainsi, je me dois, selon les préceptes de cette chaîne de blogue, de continuer à mon tour la diffusion de ce que je trouve être le meilleur à mes yeux.
La règle du jeu:1/ Vous devez choisir 5 blogs que vous estimez mériter ce prix pour leur créativité, conception, matériel intéressant et contribution à la communauté de bloggeurs, quelque soit la langue,2/Chaque prix doit contenir le lien vers le blog de son auteur pour être visité par tous,3/Chaque lauréat doit montrer son prix et remettre le nom et le lien vers le blog qui lui a donné,4/Le lauréat doit montrer le lien de l’art y pico blog,5/Et afficher les règles.
Notons que ce prix a d’abord été instauré par Eseya, une jeune artiste Uruguayenne.
Le hic avec ça, est que je suis beaucoup plus auteure, que lectrice. Je ne lis pratiquement pas de blogues finalement. C’est donc difficile pour moi de poursuivre la chaîne de manière limpide, efficace et pertinente. Ma liste n’est donc pas un liste de ce qui se fait de mieux, mais plutôt une liste des copines que j’aime bien et que je dois l’admettre, je ne lis pas assez.
Marie-Chantale Turgeon
Entrepreneur, artiste et « flyée » notoire, que j’aime bien et qui m’inspire
Florence Meichel
Le matin de ma chirurgie de féminisation faciale, juste avant que je ne parte pour l’hôpital, Florence me fit parvenir un billet qu’elle mit en ligne pour moi. J’en fus si émue que je n’ose plus regarder ce clip, car je sais que je vais encore pleurer comme une madeleine…
Katheline Jean-Pierre
Jeune gestionnaire Web qui est une très bonne amie à moi et qui a été l’une de mes premières « coach » de féminité. Nous sortions en public ensemble au début de ma transition et elle me donnait divers conseils sur ce que je devais encore apprendre et améliorer.
Patricia Tessier
Stratège Web qui m’impressionne par sa fougue et sa pertinence, je vais d’ailleurs aller manger avec elle tout à l’heure.
Renée Wathelet
La femme la plus gentille que je connaisse. Elle est d’une générosité, d’une délicatesse et d’une chaleur humaine qui m’émeut beaucoup. Malgré qu’elle fût en vacance, plusieurs fois elle chatait avec moi sur Facebook, juste pour savoir comment j’allais.
Et comme les pâtissiers qui donnent une brioche de plus, je rajoute
Natacha Quester-Semeon
Qui est sans doute la blogueuse francophone engagée aimante de la politique et de l’éthique du blogue, la plus connue de la planète francophone. Nous ne nous sommes rencontrées qu’une fois à Paris, mais depuis, nous sommes restées amie et régulièrement, elle me demande des nouvelles, par simple altruisme et ça me fait toujours le plus grand des plaisirs. D’ailleurs sa mère, Tatianna, lors de mon coming-out, me fit le plus troublant des commentaires.
Salut Michelle,
Votre sincérité et votre courage honorent l’humanité!
Bonne route et bon vent, et merci d’exister parmi nous !
Voilà…
jeudi 31 juillet 2008
Grosse journée de nouvelles aujourd’hui
Il y a bien son blogue plus professionnel, où je tire des milliers d’informations pertinentes. Mais c’est sur son blogue personnel que je retrouve l’émotion. Assister à la naissance d’une femme à travers tous les préjugés, tous les regards obliques, toutes les embuches ; la savoir vivante et forte, directe et droite, solide et fière, me rend encore plus femme à mon tour. Michelle est une femme incroyable et inspirante. Découvrir son périple et suivre au quotidien les aléas d’un choix de vie déchirant quoique impératif est un privilège. Elle m’émeut, m’impressionne et m’interpelle.
Ça me touche beaucoup.
Puis il y a ce client qui m’avait donné un beau gros mandat, après que je lui fis mon coming-out l’automne dernier. Déjà, c’était une marque de confiance et de respect qui m’avait beaucoup touchée. Mais voilà qu’alors que l’allais diner avec lui après un avant-midi de travail, j’étais toujours un homme à l’époque, il me dit avec un élan de franchise peu commune: Tu sais, le vrai test sera vraiment de savoir si j’aurais le cran de te réinviter à diner dans cette brasserie, ou je suis une personne connue, une fois que tu auras fait ta transition?
Il vient de m’inviter à diner dans cette même brasserie ce matin :-)
Puis, il y a cette copine Facebook qui me demande si j’ai vu le film Transamérica. Je lui réponds que curieusement, ce film ne m’avait pas touchée outre mesure, mais que le film qui m’avait complètement bouleversée était plutôt Normal. L’histoire de ce film est tellement semblable à ce que mon ex. et moi vivons (excepté pour la portion travail), que lorsqu’on l’a vue, ça a coûté cher de kleenex. Si vous le voyez, vous comprendrez du coup, son désarroi, le mien et la complexité de notre relation, nous qui continuons de vivre un amour si profond, qui devons vivre avec le regard et le jugement des autres et qui continuons, tant bien que mal, de tenter l’impossible adaptation…
jeudi 24 juillet 2008
Photo de mi-profil 28 jours après FFS
Pour ceux que ça intéresse, voici une vue de mi-profil, 25 jours après ma chirurgie de féminisation faciale. Ça ressemblera beaucoup au visage que je vais avoir le reste de mes jours. Encore d'autres interventions mineures sont prévues pour le 15 août prochain, mais ça ne devrait pas changer substantiellement ce visage. J'en suis très heureuse et ça me permet maintenant de passe à d'autres des nombreuses étapes que j'ai encore à faire avant d'avoir terminé cette transition.
Mon premier bébé
mardi 22 juillet 2008
Tellement heureuse d’être enfin une femme
Aujourd’hui je porte du rouge et je pense que c’est ma couleur féminine de prédilection. Je me sens réellement belle et je ne suis même pas maquillée. C’est tout dire. Il y a des journées comme ça! Heureusement…
jeudi 17 juillet 2008
De ma famille
Le plus triste dans tout ça, est que le prochain moment qui risque de tous nous réunir, sera très probablement à la mort de mon père. Mais à ce moment-là, ma famille aussi sera probablement enterrée pour moi…
Se faire une carapace
mercredi 16 juillet 2008
De ma transparence
Pierre Côté qui fait parti de mes connaissances Facebook, se surprend et se régale (dans un petit vidéo) de mes différents statuts Facebook qui documentent mes expériences personnelles liées à ma condition. Il questionne le pourquoi d’une telle transparence.
Voici ma réponse :
lundi 14 juillet 2008
Photo avant après de mi-profil
Voici un comparatif photographique avant après, de mi-profil. La première photo a été prise en novembre dernier. Cette photo fait partie d’une série de photos qui ont été prises avant mon hormonothérapie. La copine Julie Bélanger commentait dans Facebook :
Ok, je le sais que c'est étrange ce que j'écris là mais sur la photo de gauche, on dirait que ton regard est éteint alors que sur la photo de droite, tes yeux brillent et tu regardes directement en avant et t'as l'air prête à faire face à tout et surtout à la vie. Peut-être que ça n'a pas de sens ce que j'écris là mais en tk – beau visage. Voilà.
Je lui répondais :
La photo de novembre a été prise alors que j'étais encore en état de dysphorie de genre, qui est une forme de dépression qui se guérit entre autre, par la prise d'hormones qui elle aussi, est un autre outil de confirmation diagnostic.
Je suis donc beaucoup plus heureuse d’être physiquement, ce que mon cerveau est depuis ma naissance, c'est-à-dire femme. Notez aussi que mon visage change encore à la vitesse grand V et je serai fixée sur celui-ci dans encore plusieurs semaines. Mais j’en suis déjà très satisfaite. Je commence d’ailleurs à me faire faire les yeux doux par des messieurs. C’est con à dire, mais je n’avais pas songé à ça et ça me surprend énormément. Encore une autre chose à laquelle je vais devoir m’adapter…
MAJ
La dernière chose à désenfler sera mon nez. Il devrait être encore beaucoup plus raffiné.
MAJ2
Le tour de mes yeux est encore bleu et d’autres changements sont encore à prévoir puisque j’ai enflé si rapidement durant l’opération qui dura 8 heures, que le chirurgien n’a pu compléter toutes les interventions qui étaient prévues (lèvre inférieure, paupière inférieure, base du nez et replis au menton). Dans les prochaines semaines, il complétera donc ses interventions et ma physiologie faciale changera donc encore beaucoup.
MAJ3
J’ai d’abord retiré ce billet, après publication, durant le week-end parce que je n’étais pas satisfaite de la photo de droite et que ma physionomie change encore rapidement. Je me ravise aujourd’hui et le remets en ligne puisque plusieurs ont déjà vu ce billet qui a été diffusé via fil RSS et Feedblitz et que bien que je ne sois pas encore entièrement satisfaite de cette vue de face (je le suis complètement de la vue de profil), je me dois d’être intègre envers mes lecteurs et d’accepter les imperfections qui existent encore. C’était à moi à ne pas mettre ce billet en ligne en premier lieu, si je ne voulais pas encore le diffuser. Voilà…
jeudi 10 juillet 2008
Les détails de ma FFS
mercredi 9 juillet 2008
Photo avant/après
Demain, ça va faire deux semaines que j’ai eu ma chirurgie de féminisation faciale. Mon nez, mes joues et ma lèvre supérieure sont encore enflés. Ça me donne un petit look Marge Simpson qui devrait s’estomper. Mais pour vous donner une idée, voici une photo avant et après. La photo avant a été prise en novembre dernier, avant que je ne prenne des hormones et la photo après a été prise il y a deux jours. Je suis donc très heureuse des résultats qui vont encore s’améliorer. Je suis surtout heureuse de pouvoir maintenant déambuler dans la rue sans avoir à subir ces regards de mépris qui m’ont tant fait souffrir. De me débarrasser de ceux-ci était l’objectif premier de mon opération et je puis d’ores et déjà être complètement satisfaite de l’atteinte de celui-ci…
lundi 30 juin 2008
Miss Piggy
Je suis enfin de retour chez moi et je vais bien. Je me remets tranquillement de l’opération et je n’ai pas de douleurs (j’ai de la bonne drogue prescrite par mon médecin). C’est très inconfortable comme le docteur me l’avait prédit et j’ai la tête lourde. Mais de jours en jour, je découvre ce nouveau visage. La première journée je ressemblais à Miss Piggy, puis hier et aujourd’hui j’ai l’air d’une femme qui a été sévèrement battue. La constante dans tout ça est que j’ai déjà l’air d’une femme et j’en suis vraiment heureuse. Je revois mon chirurgien, le docteur BenSimon vendredi et dès lors, je devrais avoir une meilleure idée de mon nouveau look. Je vous embrasse tous et vous remercie encore de vos nombreux messages de soutiens…
MAJ
Un merci très spécial pour la pensée de Florence qui m’a beaucoup émue.
jeudi 26 juin 2008
Minuit
Il est presque minuit, dans 8 heures débuteras la transformation complète de mon visage et donc de ma personnalité externe. Ça aura des effets indéniables sur ma personnalité interne. J’espère vraiment ne plus vivre le mépris et le dédain à mon égard, que j’ai vécu si vivement et amèrement cette semaine. J’espère enfin que de l’extérieur, on puisse voir la femme que je suis en dedans. J’espère enfin redevenir normale aux yeux des autres. Que de souffrances et que de joies profondes cette condition de transsexuelle me fait vivre. Ces derniers mois, ma vie s’est accélérée par dix. Autant j’ai eu des expériences touchantes, autant j’ai vécu le répugnant. La cadence des événements positifs et négatifs s’est multipliée par dix. L’intensité aussi. Jamais de ma vie je n’avais été touchée autant par la simple gentillesse des gens, et par leur méchanceté aussi. Cette expérience est profonde et troublante. Elle me fait voir des choses magnifiques et terrifiantes, de l’âme humaine. De la mienne et de celle des autres. Demain, je ne serai plus jamais la même personne. Je ne le suis déjà plus…
mercredi 25 juin 2008
Vacance de convalescence
À partir de cette semaine, ma vie va changer pour le mieux, et ce, à plusieurs égards. Tout d’abord, je rencontre l’un de mes avocats cet après-midi, avec tous les documents nécessaires, afin qu’il enclenche les étapes légales en vue de mon changement de nom légal de Michel Leblanc à Michelle Blanc. Le changement de prénom relatif à un changement de sexe est une pratique peu dispendieuse et assez facile à faire. Mais comme je change mon prénom et mon nom, cela doit se faire devant un juge et il faut qu’il donne son aval et qu’il trouve les justificatifs satisfaisant (une couple de milliers de dollars) sinon il faut par la suite aller en instance supérieure et c’est là que ça risque d’écorcher sensiblement mon porte-monnaie. On parle de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Mais mon dossier semble très positif et je suis sûre que tout ira bien.
Puis jeudi, c’est le grand jour. À partir de 8 h, je suis sur la table d’opération pour subir une chirurgie de féminisation faciale. Les semaines qui vont suivre (mes vacances quoi) serviront à me rétablir et à récupérer des suites de celle-ci. Comme je serai aveuglée par les compresses un certains nombre de jours, je ne vous donnerai pas de nouvelles tout de suite après l’opération. Mais dès que je le pourrai, je vous laisserai savoir si tout a bien été. Comme c’est aussi mon habitude durant mes vacances, je ne bloguerai pas. Cette semaine je travaille, mais je n’ai vraiment pas la tête à discourir de commerce électronique ou de marketing internet. Disons que pour l’instant, mes passions sont sur la glace. Je serai de retour avec mon entrain habituel, quelque part à la mi-juillet, en fonction de mon rétablissement qui devrait être complété à ce moment. Je vous embrasse tous et je pars terminer mon dossier pour le donner à mon avocat cet après-midi. À bientôt…
MAJ
Pour avoir une idée de l'avant/après et pour comprendre un peu comment un "mâle" comme je l'ai été, peu devenir femme, je vous invite à lire l’article de cet ex-capitaine des parachutistes Britaniques, Jan Hamilton, dans le MailOnline.
MAJ2
Nous sommes aujourd’hui mercredi le 25, il est 16:15hr et j’ai été submergée de messages d’appuis, Facebook, Twitt, courriel et autre. Ça me touche beaucoup et je vous en remercie chaudement. Pour l’instant, je ne touche plus à terre d’anxiété. J’arrive de chez mon chirurgien dont le bureau est à 4 portes de chez moi et avec son humour bien particulier, il me demande comment je vais, je lui dis être anxieuse comme je ne l’ai jamais été de toute ma vie. Il me répond de ne pas m’en faire si je ne dors pas ce soir, que de toute façon, je dormirais amplement les prochains jours. Quel blagueur! Ce soir ce sera le Yulbiz mais je n’irai pas. Je suis trop émotive, anxieuse et pas supportable pour y être. J’en suis désolée. De plus, j’ai de la difficulté à recevoir et ça me mettrait dans tous mes états de recevoir tous ces commentaires des copains qui y seront et qui ne manqueraient pas de m’offrir leur support. C’est mon côté moumoune, que voulez-vous? J’ai aussi très peur des appareils photos et ne voudrait pas qu’on prenne « le dernier cliché de ma face » qui se retrouve sur le web, sans mon consentement. J’irais plutôt souper dans un bon restaurant avec mon cousin, et prendre un dernier bon repas solide, avant plusieurs jours. Une bonne bouteille de vin aurai bien arrosé ça, mais je dois me contenter de mon deuxième choix, un Pepsi (pas le droit de boire). Je suis donc vraiment très, très nerveuse, mon docteur comprend très bien la chose (je ne suis pas la première transsexuelle qu’il opère pour ce genre de chirurgie déterminante et radicale), je me sens en confiance avec lui, mais je lui donne tout de même un chèque en blanc pour qu’il change ma face complètement, sans savoir avant ce que ça va donner. C’est le côté vraiment « hallucinant » de toute l’expérience. Mais je prie pour que tout aille bien et suis encore émue de vos nombreux souhaits. Je vous embrasse tous avec ma bouche d’homme, avant de pouvoir le faire avec ma nouvelle de femme…
mardi 24 juin 2008
L’amour et le mépris
J’ai eu aussi le plaisir de recevoir le téléphone de son fils, qui est aussi celui que j’aurais aimé avoir. Il me souhaitait bonne chance pour l’intervention qui s’en vient et me dit tout l’amour qu’il avait pour moi. D’ ailleurs, la semaine dernière, je le recevais à souper et à un moment donné il me dit comment il trouvait pénible depuis un an de voir toute la douleur et tout l’amour que sa mère et moi avions l’un pour l’autre. J’en pleurais à chaude larme de constater à quel point il avait été le témoin silencieux de cet amour profond que nous avons depuis maintenant 15 ans.
Pui il y a ce mépris. Comme nous avons marché plusieurs kilomètres dans Montréal, nous avons croisé des centaines de gens. Je n’avais jamais remarqué tout ce mépris que des inconnus peuvent m’afficher sans vergogne, parce qu’ils n’aiment pas la transsexuelle que je suis. Des dizaines de gens me regardant avec autant d’insistance et m’envoyant ces regards pénétrants de dédains et de dégouts. Je me sentais réellement comme un lépreux. Cette expérience troublante me pousse encore plus à espérer que ma chirurgie puisse faire de moi une personne normale de nouveau. Quel inconfort constant de se sentir rejetée et mépriser de la sorte. Ce sont d’ailleurs les communautés minoritaires qui sont les pires. Ces Noires, ces hispanophones et ces Portugaises qui me regardaient comme si elles venaient de voir le diable en personne. Jamais je n’oublierais ces regards qui me blessent tant. En marchant entrelacé dans les bras de mon amour pour quelques instants, enfin je me sentais normale de nouveau. Ne serait-ce que pour ces brefs instants. À un moment donné, sur Mont-Royal, je n’en pouvais plus de voir tout ce mépris et je me surpris à songer qui si je mourais sur la table d’opération, ce serait une belle mort. Qui règlerait bien des problèmes pour tout le monde, moi y comprise. Puis j’eu cette pensée pour ces autres trans qui n’auront jamais les moyens de se payer des chirurgies et pour le calvaire qu’elles devront endurer le reste de leur vie. C’est vraiment insoutenable et j’eus beaucoup de chagrin pour elles et pour moi. J’espère vraiment pouvoir être débarrassée de cette méchanceté et de ces incompréhensions, car je ne sais pas si je pourrais survivre à ça encore bien longtemps
mercredi 11 juin 2008
Les gens qui viennent me parler
Sur un autre ordre d’idée, mais sur le même sujet, hier j’ai pris un drink qui s’est étirée en souper avec un nouveau contact d’affaires. C’est une femme d’une grande beauté et intelligence avec j’ai eu le plaisir de discuter business mais aussi des différents états d’âme que je traverse. À un certain moment donnée, elle me révéla qu’elle était fascinée par ce que je vivais, mais qu’elle ne pouvait pas encore me révéler pourquoi. Disons que ma curiosité maladive en prend un méchant coup. Mais quelle belle soirée j’ai passée en sa compagnie. Étant entre autres une spécialiste de la communication d’affaires, elle me dit avoir remarqué que dans mes allocutions et mes écrits, elle remarquait un manque d’assurance lié à ma condition, dont je devrais me défaire au plus vite, afin de redevenir mordante comme je l’ai toujours été. Encore une autre remarque intrigante! Pour en finir avec cette charmante personne, elle me dit : tu sais Michelle, lors d’épreuves, il y a toujours des gens nouveaux qui apparaissent. Je crois qu’elle a bien raison.
De plus, deux de mes très bons amis à qui je n’avais pas parlé depuis que je leur avais annoncé ma transition m’ont téléphoné cette semaine. Ils avaient bien pris la nouvelle, mais comme nous ne nous étions pas parlé depuis, je m’inquiétais un peu de leurs réactions subséquentes. Elles sont encore plus positives que prévu. Ce qui me fit un réel bien.
dimanche 8 juin 2008
Mon amour s’éloigne
Je te vois tranquillement t’éloigner et je pense à la mort.
Je sais combien ma condition te fait souffrir et tu es la dernière personne que je veux savoir souffrir.
Je sais être la cause indirecte de tes souffrances.
Je te vois difficilement tenter l’adaptation impossible.
Je vois ton deuil de l’homme que tu aimes.
Je vois la non-attirance de la féminité qui m’envahit.
Je comprends le déchirement intérieur que tu vis à chaque instant. Ce déchirement entre la personne que tu aimes et son nouveau sexe qui t’éloigne, entre la grande admiration et la réaction contre les regards de mépris, entre la compréhension et l’incompréhension, entre ce rapprochement qui t’éloigne des autres, entre l’homme que j’étais et la femme que je suis.
Quelle profonde tristesse que de savoir ta douleur! Quelle culpabilité et quel amour que tu portes à vouloir être là dans mes moments difficiles. Quelle joie que de savoir que malgré tout, nous aurons toujours cette lumière à partager…
jeudi 5 juin 2008
Encore trois semaines et je change de visage
lundi 2 juin 2008
De la difficulté
J’aimerais tellement dire toute cette douleur qui m’habite parfois et de ses souffrances que je crée aux autres. Mais je ne peux tout dire puisque d’autres personnes sont impliquées et que je me dois tout de même de conserver un certain décorum pour eux. Des fois, je suis vraiment vraiment fatiguée et triste de tout ce qui m’arrive, mais j’ai tout de même l’espoir de jours meilleurs…
P.-S.
Je vais faire mes préparatifs au cas où j’y resterais. Ainsi, tous mes contenus Web, ici et ailleurs, seront mis hors ligne après mon trépas et seront distribués et regroupés par la suite sous format papier. Les revenus potentiels de « mon corpus » iraient en totalités à l’amour de ma vie et lui permettraient peut-être de mettre un baume sur sa douleur…