mardi 12 août 2008

Du deuil

Aujourd’hui j’ai pleuré presque toute la journée. C’est le deuil de mon amour qui m’affecte comme ça. Ça va passer, mais en attendant c’est très pénible. Je suis triste « on et off » depuis cette discussion fatidique de vendredi dernier.

Apprendre à gérer le mépris

Il y a bien des choses que je n‘aurais jamais imaginé avoir à vivre dans ma vie et d’apprendre à gérer le mépris est certainement l’une d’elles. J’ai déjà écrit comment je trouvais ça difficile, j’en parle avec mon psy et je suis de plus en plus consciente que je vais devoir composer avec ça le reste de ma vie, à des intensités décroissantes, je l’espère. Il faut que je me fasse une carapace. Mais comment se fait-on une carapace? Grande question dont peu ont la réponse. Mon psy me parlait de ces personnes d’obésité morbide qui se font harceler si jamais elles ont le malheur de manger une crème glacée en public ou encore de ses « minorités visibles » qui sont victimes de racisme. Je suis maintenant une minorité encore plus minoritaire que la très grande majorité des sous-groupes imaginables et en plus, cette condition de transsexuelle est peu connue et toujours empreinte de mythes et de tabous, incluant ceux de nature sexuelle qui emmènent son lot de « tripeux de shemale ». L’une des transsexuelles d’un certain âge me racontait ce week-end comment dans les années 60, les transsexuelles québécoises se faisaient encore jeter en prison pour le motif de « déguisement dans le but de faire un acte criminel ».

Avec le Bill Omnibus de Trudeau, ça a un peu changé. Pour en revenir à la question du mépris, mes mécanismes de gestion possible sont de relativiser (peut-être que la personne est inconsciente), de m’apitoyer (ça me fait de la peine si tu es « pas fin » avec moi), d’ironiser (appeler la personne qui m’appelle monsieur par l’opposée de son sexe), de blaguer (j’ai pas encore trouvé de blagues vraiment bonne, va falloir que je travaille là-dessus) ou de finalement développer un aveuglement sélectif (ne plus voir tout ce mépris et me faire à croire qu’il n’existe pas). L’autre façon de gérer ça est aussi d’être la trans de service et de développer une sorte de « fierté trans », comme la « fierté gay » et de militer et d’expliquer ad nauseam, les tenants et aboutissants de cette condition qu’on peut aussi appeler un caprice de la nature. Mais je ne suis pas encore là et ne suis pas encore « fière » d’être un trans. Le serais-je jamais?

lundi 11 août 2008

Un week-end très émotif

Je viens de terminer un week-end très émotif. D’abord, vendredi, l’amour de ma vie et moi avons décidé de nous séparer définitivement (quoique je rêve toujours que ça revienne). Nous vivons séparément depuis février, mais nous nous voyons chaque fin de semaine et nous nous parlons chaque jour. Mais voilà que l’adaptation est plus difficile que prévu et qu’elle ne semble vraiment pas capable de tendresse envers une femme. Je la comprends et suis vraiment impressionnée de tout le chemin qu’elle a parcouru et des nombreux efforts qu’elle a déjà faits. Nous voyons cela venir depuis un bon moment, mais il semble que c’est maintenant définitif. Nous resterons amies jusqu’à la fin de nos jours, mais nous ne serons plus un couple, dans le sens traditionnel de la chose. J’angoisse cependant de ma réaction à ce nouveau conjoint potentiel qu’elle pourrait un jour avoir. Vais-je être capable de m’adapter à celui-ci et de la voir dans les bras d’un autre? Je ne le sais vraiment pas.

Samedi, nous sommes allées toutes les deux au pique-nique annuel de l’association des transsexuelles du Québec. Ça me fait toujours du bien de voire que je ne suis pas la seule avec ce problème et c’est très bénéfique pour mon ex. de parler à d’autres trans et transboy (trans de femme à homme) et de découvrir que nos histoires sont somme toute, très semblables. Elle était aussi surprise de remarquer à quel point cette condition affecte des gens de toutes les classes sociales, profils psychologiques et capacités intellectuelles. Lorsque nous sommes revenues, elle hésitait entre me donner de la tendresse on s’en tenir à notre décision de nous donner la liberté d’aller voire ailleurs.

Puis hier soir, j’ai reçu l’appel de mon filleul dont je n’avais pas entendu parler depuis décembre dernier. Il a réellement été le garçon que je n’ai jamais eu et je l’ai gâtée depuis son tout jeune âge. La semaine dernière était son anniversaire et mon ex. et moi lui avions envoyé une carte et un cadeau par la poste puisque ses parents ne veulent plus me voir. Hier soir, il me téléphona pour me remercier et pour me dire qu’il aimerait bien me revoir. J’en étais très émue et contente et j’anticipe le plaisir de cette prochaine rencontre.

Tout ça pour vous dire que j’ai versé de nombreuses larmes ce week-end et que j’ai bien hâte de voir mon psy tout à l’heure et de discuter de ça (et de bien d’autres choses) avec lui.

lundi 4 août 2008

Ma chirurgie faciale, deux jours après


Voici l’une des photos qui ont été prises deux jours après mon opération. Ça vous donne une idée des premiers effets de celle-ci. Mais je ne soufrais pas tant que ça. Comme me l’avait prédit mon médecin, c’était plus inconfortable que douloureux (ils ont de la bonne drogue sous prescription, la douleur est donc contrôlée). À l’arrière-plan, vous pouvez voir de la verdure. C’est que pour les premiers jours suivant l’opération, j’étais à la maison l’Asclépiade, qui est une maison de convalescence pour transsexuelle. D’ailleurs, j’étais la seule Québécoise et la seule ayant eu une chirurgie de féminisation faciale. Les autres pensionnaires qui venaient des quatre coins de la planète étaient surtout là pour se remettre de la chirurgie de réattribution sexuelle (sex reassignment surgery (l'info est plus complète en anglais)) ou pour l’augmentation mammaire. C’était un endroit extraordinaire, sur le bord de la rivière des Prairies, avec des infirmières et un personnel triés sur le volet. Qu’ils étaient gentils et humains.

Deux jours après l’opération, j’étais déjà un peu plus “regardable”. Je revois encore mon cousin, une demi-heure après l’opération. Les infirmières me demandèrent si je me sentais capable d’avoir de la visite. Je répondis oui et ils me levèrent dans mon lit. Je regarde donc par la porte et je vois mon cousin qui avance. Lorsqu’il me voit, il arrête de marcher, viens blanc comme un drap et recule de deux pas. Disons que ça me stressait un peu. Le soir même, il téléphone à Bibitte et lui dit qu’il croyait être fait fort, mais qu’il avait eu tout un choc et lui suggérait fortement de l’attendre avant de venir me voir le lendemain, afin de ne pas être seule. C’est qu’après mon opération, mes cheveux étaient repoussés vers l’arrière, ils étaient encore pleins de sang et que l’on pouvait voir les broches qui retenaient mon crâne, et qui allaient d’une oreille à l’autre. Ça faisait un peu comme dans une mauvaise scène de Frankenstein…

Il y a déjà un an

C’est à peu près il y a un an que mes mécanismes de négations tombaient d’un coup et que j’entrais dans ce qu’on appelle techniquement, la dysphorie d’identité de genre, qui est une forme de dépression. Un an plus tard, je suis en train de devenir ce que mon cerveau a toujours été, une femme. Je me sens bien et je m’adapte au mieux possible, à cette nouvelle réalité. D’ailleurs, je commence à me faire sérieusement séduire par des messieurs et ça me gêne énormément. Va falloir que je regarde ça avec mon psy et que je développe des mécanismes pour « gérer » ça…

Ce week-end, un monsieur durant un party auquel j’assistais, et qui savait que j’étais trans me dit, « tu devais être un bel homme parce que tu es vraiment une très belle femme ». Puis, il voulait savoir quelle était dorénavant mon orientation sexuelle. J’étais rouge comme une tomate, je bégayais et essayais de lui faire comprendre que j’étais lesbienne. Ça me faisait réellement plaisir puisque ça validait un peu ma féminité nouvelle, mais en même temps, je ne me suis pas réellement préparée à ça. La semaine dernière, un groupe de joueurs de pétanques d'un certain âge me sifflait et l’un des joueurs s’exclama, « Ho le beau parapluie », je regardais tout le tour de moi, mais j’étais bien celle à qui ces sifflotements et ces remarques étaient destinés. Je les remerciais poliment et continua de marcher en regardant droit devant. Disons que je marchais un peu plus vite qu’à l'accoutumée…

vendredi 1 août 2008

Ces autres blogueuses que j’aime

Dans mon dernier billet, je ne devais nommer que cinq blogueuses que j'estimais. Le problème avec ça est qu’un grand nombre de blogueuses ont été gentilles avec moi et m’ont permise, chacune à leur manière, d’adoucir considérablement ma transition dans le monde des femmes. Elles ont été d’une gentillesse, d’une générosité, d’une curiosité et d’une ouverture qui me surprend encore. J’ai la chance d’être une personnalité publique et de connaître plusieurs personnes, mais de tous les types de personne que je connaisse, les blogueuses ont été de loin, les plus admirables à mon égard. Elles m’ont réellement fait sentir que je faisais maintenant partie de la grande famille des femmes (et plusieurs me l’ont même verbalisé ou écrit). Jamais je n’aurais cru plusieurs de ces personnes si gentilles. C’est dans les moments difficiles qu’on se rend compte du cœur des gens et ça met un baume apaisant, sur les difficultés que je rencontre encore dans cette aventure. Avec ce billet je voulais simplement les nommer et les remercier. Le pire est qu’une fois que ce sera en ligne, je m’apercevrais probablement en avoir oublié plusieurs.

Il y a, dans l’ordre ou elles me viennent à l’esprit et outre celles déjà nommées dans le précédent billet :

Kim Vallée
Nadia Seraiocco
Isabelle Lopez
Marie-Josée Belley
Sandra Doyon
Martine Gingras
Martine Pagé
Michelle Sullivan
Panthère Rousse
Aurelie Ponton

Véronique Desrosiers
Isabelle Poirier
Geneviève Piquette
Mademoiselle Klektik
TanMcG


MERCI DU FOND DU COEUR D’AVOIR ÉTÉ SI GENTILLES AVEC MOI

Mon blogue trans, sort tranquillement de l’ombre

J’ai écrit ce blogue parce que je me devais d’exprimer cette aventure incroyable que je vis et parce que c’est très thérapeutique pour moi. Je me souviens encore de ce que m’avait dit Martin Ouellette de Provokat, lorsque je lui avais révélé la condition qui m’affecte et la peur que j’avais, que ça affecte mon « brand » et ma profession que j’aime tant. Contrairement à l’avis de mon comité de gestion de crise de relations publiques qui me conseillait fortement de ne rien dire à propos de ma condition, avant ma chirurgie faciale, Martin me suggérait de parler haut et fort. Il me dit :

Michel (j’étais encore un homme à cette époque), tu me dis que tu as déjà fait ton coming-out à tes clients et qu’ils réagissent bien. Tu me dis que plusieurs personnes qui vivent ce que tu vis finissent par se suicider, tu as un don et avec le don vient une responsabilité. Tu as le don de la communication et de la vulgarisation et ce que tu vis, es encore peu connue et as vraiment besoin d’être vulgarisé et s’il y a une personne qui peut le faire au Québec, c’est bien toi. Tu as le devoir de parler. De plus, si tu fermes ta gueule, toi qui es l’apôtre de la communication transparente, que feras-tu lorsque durant une conférence, quelqu’un te dira : oui, mais vous nous avez menti sur votre condition tout ce temps? Tu dois donc parler, ne pas te cacher puisque de toute façon, ce que tu vis n’est pas de ta faute et tu dois assumer publiquement et fièrement qui tu es.

Après ce discours-choc, je fus ébranlée durant une grosse semaine et puis je me décidai de mettre en ligne mon coming-out qui était déjà écrit depuis plus de deux mois. Puis j’acceptai une entrevue du journal La Presse puis celle de Paul Arcand, le morning man le plus écouté au Québec et à l’émission de la radio communautaire, Douce Folie, qui traite de santé mentale. Cependant, j’ai aussi refusé des topos de Dernière Heure et d’apparaître à l’émission de Mongrain. Je continue donc de protéger mon image et je ne veux pas devenir la trans de service pour les médias qui pourraient vouloir faire un cirque de mon histoire. J’ai aussi déjà refusé 4 offres de documentaires sur ce que je vis. Je veux être transparente, aider les autres (si possible) et surtout, documenter ce que je vis, pour moi-même et pour éventuellement faire quelque chose avec ça. D’où la naissance de ce blogue, qui était d’abord complètement fermé et seulement accessible aux copines transsexuelles MySpace (environ 250), qui étaient mon groupe de soutiens virtuel et ma source d’information privilégiée pour comprendre comment d’autres personnes qui vivent la même chose que moi, sont arrivées à survivre à ça.

Mais voilà que ce qui a longtemps été un blogue « intimiste » sort un peu de l’ombre, et semble toucher des gens qui sont très loin de la problématique transsexuelle. C’est donc tant mieux, ça me fait plaisir, ça me touche et ça remplit un peu la mission que l’ami Martin m’a si directement identifiée comme étant l’un de mes devoirs de vulgarisation.

Pour rester dans le même sujet, et changer un peu, hier soir en discutant avec l’amour de ma vie, elle me dit que son voisin avait été impressionné d’entendre mon entrevue à Arcand de cet hiver et de connaître la conjointe, ainsi que la personne qui vivait ce drame. J’ai donc appris que l’entrevue de cet hiver était en rediffusion avant hier et je comprends mieux pourquoi il y avait tant d’activité sur mon blogue pro, et de recherche Google avec les différentes déclinaisons possibles de mon nom.
Aussi, hier c’était l’Intellexuelle, qui se disait touchée par mon blogue, aujourd’hui, de l’autre côté de l’Atlantique, c’est au tour de Stella de la Rhune d’y mettre son grain de sel.


•••Michelle Leblanc www.femme-2-0.blogspot.com
parsk C une pro du Marketing 2.0 de la bande de Montréal, créatrice du Yulbiz avec Philippe & Claude
notamment, et je choisis D'exprès son blog perso, car elle vit actuellement une histoire personnelle pas banale, qui me touche beaucoup, car ça fait réfléchir à
la grande question de la féminité,

Ainsi, je me dois, selon les préceptes de cette chaîne de blogue, de continuer à mon tour la diffusion de ce que je trouve être le meilleur à mes yeux.

La règle du jeu:1/ Vous devez choisir 5 blogs que vous estimez mériter ce prix pour leur créativité, conception, matériel intéressant et contribution à la communauté de bloggeurs, quelque soit la langue,2/Chaque prix doit contenir le lien vers le blog de son auteur pour être visité par tous,3/Chaque lauréat doit montrer son prix et remettre le nom et le lien vers le blog qui lui a donné,4/Le lauréat doit montrer le lien de l’art y pico blog,5/Et afficher les règles.
Notons que ce prix a d’abord été instauré par Eseya, une jeune artiste Uruguayenne.

Le hic avec ça, est que je suis beaucoup plus auteure, que lectrice. Je ne lis pratiquement pas de blogues finalement. C’est donc difficile pour moi de poursuivre la chaîne de manière limpide, efficace et pertinente. Ma liste n’est donc pas un liste de ce qui se fait de mieux, mais plutôt une liste des copines que j’aime bien et que je dois l’admettre, je ne lis pas assez.

Marie-Chantale Turgeon
Entrepreneur, artiste et « flyée » notoire, que j’aime bien et qui m’inspire

Florence Meichel
Le matin de ma chirurgie de féminisation faciale, juste avant que je ne parte pour l’hôpital, Florence me fit parvenir un billet qu’elle mit en ligne pour moi. J’en fus si émue que je n’ose plus regarder ce clip, car je sais que je vais encore pleurer comme une madeleine…

Katheline Jean-Pierre
Jeune gestionnaire Web qui est une très bonne amie à moi et qui a été l’une de mes premières « coach » de féminité. Nous sortions en public ensemble au début de ma transition et elle me donnait divers conseils sur ce que je devais encore apprendre et améliorer.

Patricia Tessier
Stratège Web qui m’impressionne par sa fougue et sa pertinence, je vais d’ailleurs aller manger avec elle tout à l’heure.

Renée Wathelet
La femme la plus gentille que je connaisse. Elle est d’une générosité, d’une délicatesse et d’une chaleur humaine qui m’émeut beaucoup. Malgré qu’elle fût en vacance, plusieurs fois elle chatait avec moi sur Facebook, juste pour savoir comment j’allais.

Et comme les pâtissiers qui donnent une brioche de plus, je rajoute

Natacha Quester-Semeon
Qui est sans doute la blogueuse francophone engagée aimante de la politique et de l’éthique du blogue, la plus connue de la planète francophone. Nous ne nous sommes rencontrées qu’une fois à Paris, mais depuis, nous sommes restées amie et régulièrement, elle me demande des nouvelles, par simple altruisme et ça me fait toujours le plus grand des plaisirs. D’ailleurs sa mère, Tatianna, lors de mon coming-out, me fit le plus troublant des commentaires.

Salut Michelle,
Votre sincérité et votre courage honorent l’humanité!
Bonne route et bon vent, et merci d’exister parmi nous !



Voilà…

jeudi 31 juillet 2008

Grosse journée de nouvelles aujourd’hui

Tout d’abord un très chaleureux merci à la très gentille Intellexuelle pour avoir primé cet humble blogue. Comme elle le dit dans son billet :

Il y a bien son blogue plus professionnel, où je tire des milliers d’informations pertinentes. Mais c’est sur son blogue personnel que je retrouve l’émotion. Assister à la naissance d’une femme à travers tous les préjugés, tous les regards obliques, toutes les embuches ; la savoir vivante et forte, directe et droite, solide et fière, me rend encore plus femme à mon tour. Michelle est une femme incroyable et inspirante. Découvrir son périple et suivre au quotidien les aléas d’un choix de vie déchirant quoique impératif est un privilège. Elle m’émeut, m’impressionne et m’interpelle.


Ça me touche beaucoup.

Puis il y a ce client qui m’avait donné un beau gros mandat, après que je lui fis mon coming-out l’automne dernier. Déjà, c’était une marque de confiance et de respect qui m’avait beaucoup touchée. Mais voilà qu’alors que l’allais diner avec lui après un avant-midi de travail, j’étais toujours un homme à l’époque, il me dit avec un élan de franchise peu commune: Tu sais, le vrai test sera vraiment de savoir si j’aurais le cran de te réinviter à diner dans cette brasserie, ou je suis une personne connue, une fois que tu auras fait ta transition?

Il vient de m’inviter à diner dans cette même brasserie ce matin :-)

Puis, il y a cette copine Facebook qui me demande si j’ai vu le film Transamérica. Je lui réponds que curieusement, ce film ne m’avait pas touchée outre mesure, mais que le film qui m’avait complètement bouleversée était plutôt Normal. L’histoire de ce film est tellement semblable à ce que mon ex. et moi vivons (excepté pour la portion travail), que lorsqu’on l’a vue, ça a coûté cher de kleenex. Si vous le voyez, vous comprendrez du coup, son désarroi, le mien et la complexité de notre relation, nous qui continuons de vivre un amour si profond, qui devons vivre avec le regard et le jugement des autres et qui continuons, tant bien que mal, de tenter l’impossible adaptation…

jeudi 24 juillet 2008

Photo de mi-profil 28 jours après FFS












Pour ceux que ça intéresse, voici une vue de mi-profil, 25 jours après ma chirurgie de féminisation faciale. Ça ressemblera beaucoup au visage que je vais avoir le reste de mes jours. Encore d'autres interventions mineures sont prévues pour le 15 août prochain, mais ça ne devrait pas changer substantiellement ce visage. J'en suis très heureuse et ça me permet maintenant de passe à d'autres des nombreuses étapes que j'ai encore à faire avant d'avoir terminé cette transition.

Mon premier bébé

Hier soir, je recevais un couple d’amis/clients venant de New York. Mon amie vient d’accoucher et elle est venue avec sa petite Inez, âgée de 7 semaines. Comme elle était jolie! À un certain moment, je lui ai demandé la permission de la prendre dans mes bras. Ce fut un moment réellement émotif pour moi. C’était la première fois que je tenais un bébé depuis que je suis devenue femme. Ça faisait vraiment drôle de vivre ça et ça m’a émue. Dans ma tête, j’imaginais que c’était mon bébé et que j’étais sa mère. Quel sentiment incroyable! J’aurais tellement aimé avoir des enfants…

mardi 22 juillet 2008

Tellement heureuse d’être enfin une femme

Aujourd’hui il pleut! Mais je suis tout de même vraiment heureuse d’être une femme. Je me sens belle, je suis fière des nouvelles fringues achetées ce week-end et je me sens FEMME. Je me regarde ans le miroir et de matin en matin, mon visage prend ses formes féminines et je l’apprécie et m’y habitue avec ravissement et étonnement. Hier mon cousin est venu me voir et je lui montrais la photo de mon passeport qui a été prise il n’y a que deux ans. Il était estomaqué du changement et me disait qu’il avait maintenant de la difficulté à se souvenir de cet ancien Michel. Il était aussi vraiment expressif et me racontait plusieurs anecdotes démontrant à quel point il me trouvait maintenant féminine. Disons que ça fait du bien au moral. Outre mon ex., mon cousin est mon plus grand soutien. Il était là lors de mon réveil à l’hôpital, il m’encourage et me soutiens depuis le début de mon aventure et est vraiment extraordinaire avec moi.

Aujourd’hui je porte du rouge et je pense que c’est ma couleur féminine de prédilection. Je me sens réellement belle et je ne suis même pas maquillée. C’est tout dire. Il y a des journées comme ça! Heureusement…

jeudi 17 juillet 2008

De ma famille

Comme c’est malheureusement le cas pour beaucoup de transsexuelles, les ponts sont coupés avec ma famille depuis maintenant presque un an. Lorsque j’ai expliqué à l’une de mes sœurs ce que je vivais, dans une crise émotive, elle me lança qu’elle aurait préféré apprendre que j’étais morte. Depuis, elle et la majorité des autres membres de ma famille m’ont tuée socialement. C’est elle qui recevait à Noël, et ma conjointe, son fils et moi-même n’étions pas les bienvenues. Malgré le fait que ma conjointe et moi, avions reçu toute la famille à tous les deux ans, durant les 14 dernières années et que nous faisions plusieurs partys ou les mets fins et les bons vins, étaient fournis à profusion. Malgré aussi que j’y serais allée en homme. Tout d’un coup que j’aurais parlé de mon « problème »? Le risque était trop grand et il aurait brisé « la quiétude » de ma très chère petite sœur. Maintenant, tous les événements familiaux se font sans ma présence. Je suis « barrée » comme on dit. Je parle encore à mon père et à deux de mes frères qui me voient à l’occasion. Mais je viens d’une famille recomposée de neuf enfants, sans compter les conjoints et mes petits neveux et nièces dont je suis aussi coupée. La semaine dernière, je me suis vraiment fâchée et je suis « tombée dans la face » de mon père et de mes deux frères. Je suis estomaquée et profondément blessée qu’ils n’ont jamais rien dit au reste de la famille et qu’ils acquiescent, de facto, à mon exclusion systématique de la famille. Ils disent accepter ma condition, mais à chaque fois que nous nous rencontrons ils me parlent de la famille, me donnent des nouvelles auxquelles je n’ai pas la capacité de réagir et m’accusent de ne pas donner « le temps ». Par exemple, l’une de mes sœurs a fait une deuxième fausse couche, mais elle aime mieux ne pas me parler avant qu’elle ne soit prête. Ça me met en « tabarnak » de savoir ça et de ne pas avoir la capacité de réagir. J’ai dit à l’un de mes frères de ne plus me donner de nouvelles de la famille et de ne plus leur en donner de moi. S’ils veulent savoir comment je vais, ils pourront toujours me téléphoner. Ce qui me chagrine vraiment dans tous ça est que plus le temps passe, plus il passera. À un certain point, ce sera rendu facile d’agir comme si j’étais morte et la culpabilité du rejet qu’ils me font vivre empirera les choses. Lors de la dernière discussion avec l’une de mes sœurs, elle me demandait de respecter le fait qu’elle avait besoin de temps. Je lui répondis, que je comprenais, mais que je me demandais ce qu’elle faisait de ce temps. Voit-elle un psychologue, fait-elle des lectures ou pense-t-elle que par miracle, un beau matin elle va se lever et que cette journée-là elle sera enfin prête à me voir telle que je suis? La conversation se termina là et nous n’avons jamais reparlé depuis. Mon père me dit qu’il ne pouvait rien faire. Je lui répondis que je comprenais le fait qu’il ne fasse rien. Mais qu’il y avait quelque chose à faire, qu’il pouvait faire quelque chose et qu’il ne faisait rien. Il pourrait dire que c’est inadmissible qu’une fête de famille ait lieu sans l’un de ses membres. Il pourrait faire la grève de sa présence. Il pourrait être le père de famille qui « parle dans le casque » à ses enfants. Mais il est faible, vieux, a peur du risque et ferme sa gueule. Mes deux frères qui sont mieux placés pour parler sont tout aussi lâches. Si l’un des membres de la famille avait subi ce sort, il me semble que j’aurais été la première à le défendre et à être outré de cette injustice.

Le plus triste dans tout ça, est que le prochain moment qui risque de tous nous réunir, sera très probablement à la mort de mon père. Mais à ce moment-là, ma famille aussi sera probablement enterrée pour moi…

Se faire une carapace

Avant l’éclatement de mes mécanismes de défense et mon entrée dans la réalité transsexuelle, j’étais une personne avec la mèche courte et la susceptibilité grande. Depuis, peu a changé à ce chapitre sauf que maintenant, ça me fait terriblement souffrir. Mais comment se fait-on une carapace? C’est une question que je vais investiguer à fond avec mon psy, à son retour de vacance, car c’est rendu vraiment difficile pour moi. À chaque fois qu’on me dit il ou qu’on se réfère à moi comme un homme, ça me blesse un peu et cette blessure grandit de jour en jour. Le pire, c’est quand je paye pour un produit ou un service et qu’on me donne du « monsieur ». Là je ne suis vraiment pas contente et si je peux exprimer mon mécontentement, je me sens mieux. Sinon, je reviens chez moi avec une boule de frustration dont je ne sais que faire. Je croyais que la FFS enrayerai ça une fois pour toutes, mais ce n’est vraiment pas le cas. Ce qui a changé est que lorsque je suis assise sur une terrasse du centre-ville, les passants qui auparavant lorsqu’ils s’adonnaient à me voir, me fixaient du regard avec une insistance accompagnée quelquefois de mépris, on me pointait du doigt et ou on se moquait ouvertement de moi. Maintenant, au regard furtif, je ne sors plus comme avant, de la masse. Alors, les gens me regardent puis continuent de balayer ailleurs du regard. C’est déjà ça. Cependant, si on est assis pas très loin de moi et comme le font souvent les gens, on commence à observer chacune des personnes de l’environnement proche, il semble qu’on s’aperçoive facilement qu’il y a quelque chose qui cloche chez moi et les regards se font dès lors, plus persistent. Je comprends que je suis encore enflée, que l’effet complet sur le corps des hormones, prend environ deux ans et que je n’en prends que depuis 6 mois, que ma voix et mes manières ont encore besoin de beaucoup de travail et que je suis aussi d’une grandeur hors norme pour un homme, donc que ça attire l’attention encore plus, pour une femme. Je sais tous ces éléments et je comprends cette insistance des gens à me décortiquer ou à me juger du regard. Mais comment vivre avec ça tous les jours sans que ça ne m’affecte? Là est la grande question à laquelle je n’ai pas encore de réponse et avec laquelle je me dois de composer coûte que coûte, probablement pour le reste de mes jours…

mercredi 16 juillet 2008

De ma transparence

Pierre Côté qui fait parti de mes connaissances Facebook, se surprend et se régale (dans un petit vidéo) de mes différents statuts Facebook qui documentent mes expériences personnelles liées à ma condition. Il questionne le pourquoi d’une telle transparence.

Voici ma réponse :

Salut Pierre

Merci de ton topo. C'est vrai que c'est thérapeutique pour moi et peut-être un peu impudique. Mais comme tu le mentionnes, ce ne sont que les connaissances approuvées sur mon profil Facebook qui ont accès à mes pensées/statut, puisque mon profil est verrouillé et qu'il faut que j'autorise au préalable, les gens, pour qu'ils aient accès à mes statuts. Ainsi, il y a une gradation du dévoilement de mon intimité, dans Facebook, Twitter, mon blogue personnel et celui spécifique à ma condition de transsexuelle. D’ailleurs, je n’avais pas vraiment le choix de dévoiler ma condition au grand jour puisque mon brand était ma personne et qu’un changement de sexe ne passe pas inaperçu. En outre, j’ai toujours été promotrice de la communication authentique et transparente sur le Web, je me devais donc d’être conséquente avec moi-même lorsque mon drame est survenu. Je suis plus ouverte dans des lieux Web qui sont un peu plus fermés (comme Facebook et Twitter) parce qu’effectivement, c’est un peu mon groupe de soutiens virtuels, que ça me fait du bien et que ça documente ce que je vis et que ça pourra servir un jour ou l’autre, si jamais je décide d’écrire un livre, de faire un documentaire ou quoi que ce soit. De plus, ça aide aussi les autres personnes (un homme sur 30 000 et une femme sur 50 000) qui sont aussi aux prises avec la réalité de la dysphorie d’identité de genre…

lundi 14 juillet 2008

Photo avant après de mi-profil

photo avant après FFS de Michelle Blanc

Voici un comparatif photographique avant après, de mi-profil. La première photo a été prise en novembre dernier. Cette photo fait partie d’une série de photos qui ont été prises avant mon hormonothérapie. La copine Julie Bélanger commentait dans Facebook :


Ok, je le sais que c'est étrange ce que j'écris là mais sur la photo de gauche, on dirait que ton regard est éteint alors que sur la photo de droite, tes yeux brillent et tu regardes directement en avant et t'as l'air prête à faire face à tout et surtout à la vie. Peut-être que ça n'a pas de sens ce que j'écris là mais en tk – beau visage. Voilà.


Je lui répondais :


La photo de novembre a été prise alors que j'étais encore en état de dysphorie de genre, qui est une forme de dépression qui se guérit entre autre, par la prise d'hormones qui elle aussi, est un autre outil de confirmation diagnostic.


Je suis donc beaucoup plus heureuse d’être physiquement, ce que mon cerveau est depuis ma naissance, c'est-à-dire femme. Notez aussi que mon visage change encore à la vitesse grand V et je serai fixée sur celui-ci dans encore plusieurs semaines. Mais j’en suis déjà très satisfaite. Je commence d’ailleurs à me faire faire les yeux doux par des messieurs. C’est con à dire, mais je n’avais pas songé à ça et ça me surprend énormément. Encore une autre chose à laquelle je vais devoir m’adapter…


MAJ

La dernière chose à désenfler sera mon nez. Il devrait être encore beaucoup plus raffiné.

MAJ2

Le tour de mes yeux est encore bleu et d’autres changements sont encore à prévoir puisque j’ai enflé si rapidement durant l’opération qui dura 8 heures, que le chirurgien n’a pu compléter toutes les interventions qui étaient prévues (lèvre inférieure, paupière inférieure, base du nez et replis au menton). Dans les prochaines semaines, il complétera donc ses interventions et ma physiologie faciale changera donc encore beaucoup.

MAJ3

J’ai d’abord retiré ce billet, après publication, durant le week-end parce que je n’étais pas satisfaite de la photo de droite et que ma physionomie change encore rapidement. Je me ravise aujourd’hui et le remets en ligne puisque plusieurs ont déjà vu ce billet qui a été diffusé via fil RSS et Feedblitz et que bien que je ne sois pas encore entièrement satisfaite de cette vue de face (je le suis complètement de la vue de profil), je me dois d’être intègre envers mes lecteurs et d’accepter les imperfections qui existent encore. C’était à moi à ne pas mettre ce billet en ligne en premier lieu, si je ne voulais pas encore le diffuser. Voilà…

jeudi 10 juillet 2008

Les détails de ma FFS

Ma chirurgie de féminisation faciale impliquait le remodelage de l’os de mon front et de ma mâchoire (sablage). Pour ce faire, le Dr. Bensimon m’a ouvert le front d’une oreille à l’autre et l’intérieur de la bouche, au niveau inférieur. Il m’a aussi refait le nez et j’ai une petite cicatrice, à la base de celui-ci. Il a redrappé mes paupières supérieures qui étaient tombantes. Il m’a injecté de mon propre gras (qu’il a prélevé au niveau de l’abdomen) dans la lèvre supérieure. Finalement, j’ai aussi des implants au niveau des joues. Ces implants sont vissés sur mon os et ont été implantés via deux petites ouvertures à l’intérieure de ma bouche, au niveau supérieur. Lorsqu’il a recousu la peau de mon front, il a abaissé le niveau de la ligne de mes cheveux et positionné mes sourcils un peu plus hauts qu’ils étaient. Voilà donc les détails de l’opération, pour ceux que cela pourrait intéresser. Des photos de face seront mises en ligne, une fois que je serais complètement satisfaite de celles-ci (mon petit côté fier). Comme je suis encore enflée, de face, mon visage n’est pas encore celui qu’il sera dans quelques jours (ou quelques semaines). Voilà. Ha oui, l’opération a duré 8 heures sons anesthésie générale, je suis restée une journée à l’hôpital et deux jours à la maison de convalescence spécialisée pour Transsexuelle (l’Esclépiade), qui jouxte l’hôpital.

mercredi 9 juillet 2008

Photo avant/après

Chirurgie de féminisation faciale de Michelle Blanc, avant et après

Demain, ça va faire deux semaines que j’ai eu ma chirurgie de féminisation faciale. Mon nez, mes joues et ma lèvre supérieure sont encore enflés. Ça me donne un petit look Marge Simpson qui devrait s’estomper. Mais pour vous donner une idée, voici une photo avant et après. La photo avant a été prise en novembre dernier, avant que je ne prenne des hormones et la photo après a été prise il y a deux jours. Je suis donc très heureuse des résultats qui vont encore s’améliorer. Je suis surtout heureuse de pouvoir maintenant déambuler dans la rue sans avoir à subir ces regards de mépris qui m’ont tant fait souffrir. De me débarrasser de ceux-ci était l’objectif premier de mon opération et je puis d’ores et déjà être complètement satisfaite de l’atteinte de celui-ci…

lundi 30 juin 2008

Miss Piggy

Billet dupliqué de mon blogue principal

Je suis enfin de retour chez moi et je vais bien. Je me remets tranquillement de l’opération et je n’ai pas de douleurs (j’ai de la bonne drogue prescrite par mon médecin). C’est très inconfortable comme le docteur me l’avait prédit et j’ai la tête lourde. Mais de jours en jour, je découvre ce nouveau visage. La première journée je ressemblais à Miss Piggy, puis hier et aujourd’hui j’ai l’air d’une femme qui a été sévèrement battue. La constante dans tout ça est que j’ai déjà l’air d’une femme et j’en suis vraiment heureuse. Je revois mon chirurgien, le docteur BenSimon vendredi et dès lors, je devrais avoir une meilleure idée de mon nouveau look. Je vous embrasse tous et vous remercie encore de vos nombreux messages de soutiens…
MAJ
Un merci très spécial pour la pensée de Florence qui m’a beaucoup émue.

jeudi 26 juin 2008

Minuit

Billet dupliqué de mon blogue principal

Il est presque minuit, dans 8 heures débuteras la transformation complète de mon visage et donc de ma personnalité externe. Ça aura des effets indéniables sur ma personnalité interne. J’espère vraiment ne plus vivre le mépris et le dédain à mon égard, que j’ai vécu si vivement et amèrement cette semaine. J’espère enfin que de l’extérieur, on puisse voir la femme que je suis en dedans. J’espère enfin redevenir normale aux yeux des autres. Que de souffrances et que de joies profondes cette condition de transsexuelle me fait vivre. Ces derniers mois, ma vie s’est accélérée par dix. Autant j’ai eu des expériences touchantes, autant j’ai vécu le répugnant. La cadence des événements positifs et négatifs s’est multipliée par dix. L’intensité aussi. Jamais de ma vie je n’avais été touchée autant par la simple gentillesse des gens, et par leur méchanceté aussi. Cette expérience est profonde et troublante. Elle me fait voir des choses magnifiques et terrifiantes, de l’âme humaine. De la mienne et de celle des autres. Demain, je ne serai plus jamais la même personne. Je ne le suis déjà plus…

mercredi 25 juin 2008

Vacance de convalescence

Billet dupliqué de mon blogue principal

À partir de cette semaine, ma vie va changer pour le mieux, et ce, à plusieurs égards. Tout d’abord, je rencontre l’un de mes avocats cet après-midi, avec tous les documents nécessaires, afin qu’il enclenche les étapes légales en vue de mon changement de nom légal de Michel Leblanc à Michelle Blanc. Le changement de prénom relatif à un changement de sexe est une pratique peu dispendieuse et assez facile à faire. Mais comme je change mon prénom et mon nom, cela doit se faire devant un juge et il faut qu’il donne son aval et qu’il trouve les justificatifs satisfaisant (une couple de milliers de dollars) sinon il faut par la suite aller en instance supérieure et c’est là que ça risque d’écorcher sensiblement mon porte-monnaie. On parle de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Mais mon dossier semble très positif et je suis sûre que tout ira bien.
Puis jeudi, c’est le grand jour. À partir de 8 h, je suis sur la table d’opération pour subir une chirurgie de féminisation faciale. Les semaines qui vont suivre (mes vacances quoi) serviront à me rétablir et à récupérer des suites de celle-ci. Comme je serai aveuglée par les compresses un certains nombre de jours, je ne vous donnerai pas de nouvelles tout de suite après l’opération. Mais dès que je le pourrai, je vous laisserai savoir si tout a bien été. Comme c’est aussi mon habitude durant mes vacances, je ne bloguerai pas. Cette semaine je travaille, mais je n’ai vraiment pas la tête à discourir de commerce électronique ou de marketing internet. Disons que pour l’instant, mes passions sont sur la glace. Je serai de retour avec mon entrain habituel, quelque part à la mi-juillet, en fonction de mon rétablissement qui devrait être complété à ce moment. Je vous embrasse tous et je pars terminer mon dossier pour le donner à mon avocat cet après-midi. À bientôt…

MAJ
Pour avoir une idée de l'avant/après et pour comprendre un peu comment un "mâle" comme je l'ai été, peu devenir femme, je vous invite à lire l’article de cet ex-capitaine des parachutistes Britaniques, Jan Hamilton, dans le MailOnline.

MAJ2
Nous sommes aujourd’hui mercredi le 25, il est 16:15hr et j’ai été submergée de messages d’appuis, Facebook, Twitt, courriel et autre. Ça me touche beaucoup et je vous en remercie chaudement. Pour l’instant, je ne touche plus à terre d’anxiété. J’arrive de chez mon chirurgien dont le bureau est à 4 portes de chez moi et avec son humour bien particulier, il me demande comment je vais, je lui dis être anxieuse comme je ne l’ai jamais été de toute ma vie. Il me répond de ne pas m’en faire si je ne dors pas ce soir, que de toute façon, je dormirais amplement les prochains jours. Quel blagueur! Ce soir ce sera le Yulbiz mais je n’irai pas. Je suis trop émotive, anxieuse et pas supportable pour y être. J’en suis désolée. De plus, j’ai de la difficulté à recevoir et ça me mettrait dans tous mes états de recevoir tous ces commentaires des copains qui y seront et qui ne manqueraient pas de m’offrir leur support. C’est mon côté moumoune, que voulez-vous? J’ai aussi très peur des appareils photos et ne voudrait pas qu’on prenne « le dernier cliché de ma face » qui se retrouve sur le web, sans mon consentement. J’irais plutôt souper dans un bon restaurant avec mon cousin, et prendre un dernier bon repas solide, avant plusieurs jours. Une bonne bouteille de vin aurai bien arrosé ça, mais je dois me contenter de mon deuxième choix, un Pepsi (pas le droit de boire). Je suis donc vraiment très, très nerveuse, mon docteur comprend très bien la chose (je ne suis pas la première transsexuelle qu’il opère pour ce genre de chirurgie déterminante et radicale), je me sens en confiance avec lui, mais je lui donne tout de même un chèque en blanc pour qu’il change ma face complètement, sans savoir avant ce que ça va donner. C’est le côté vraiment « hallucinant » de toute l’expérience. Mais je prie pour que tout aille bien et suis encore émue de vos nombreux souhaits. Je vous embrasse tous avec ma bouche d’homme, avant de pouvoir le faire avec ma nouvelle de femme…

mardi 24 juin 2008

L’amour et le mépris

Aujourd’hui a été une journée vraiment spéciale à plusieurs égards. Après demain, je change de visage et j’ai passé la journée avec l’amour de ma vie. Elle était d’une tendresse et d’un amour bouleversant. Pour la première fois, elle m’a entrelacée en public, de longs moments. Je ne pouvais que sangloter de joie et me trouver chanceuse d’être aimée par une personne si exceptionnelle. Elle sait que j’ai rêvé que j’étais dans un cercueil à la morgue et que bien que je sois consciente que ce n’est probablement qu’un rêve symbolique de cet homme qui meurt, je ne peux pas m’empêcher de songer à cette autre mort possible sur la table d’opération. J’ai mis mes choses en ordre au cas où et nous nous sommes quitté en larme, comme si c’était la dernière fois que nous nous voyons. Nous avons même eu beaucoup de plaisir à passer cette journée ensemble et elle me disait qu’elle se sentait comme durant ces nombreux voyages ou nous déambulions en amoureux, dans ces rues inconnues de villes où nous n’étions jamais allées. Nous avons même eu de nombreux fous rires et j’ai encore en mémoire ce moment où pour nous protéger de la pluie, nous nous sommes réfugiées sous un arbre, sur un banc d’amoureux, juste à côté de l’Hôtel de Ville. C’était un moment magique.

J’ai eu aussi le plaisir de recevoir le téléphone de son fils, qui est aussi celui que j’aurais aimé avoir. Il me souhaitait bonne chance pour l’intervention qui s’en vient et me dit tout l’amour qu’il avait pour moi. D’ ailleurs, la semaine dernière, je le recevais à souper et à un moment donné il me dit comment il trouvait pénible depuis un an de voir toute la douleur et tout l’amour que sa mère et moi avions l’un pour l’autre. J’en pleurais à chaude larme de constater à quel point il avait été le témoin silencieux de cet amour profond que nous avons depuis maintenant 15 ans.

Pui il y a ce mépris. Comme nous avons marché plusieurs kilomètres dans Montréal, nous avons croisé des centaines de gens. Je n’avais jamais remarqué tout ce mépris que des inconnus peuvent m’afficher sans vergogne, parce qu’ils n’aiment pas la transsexuelle que je suis. Des dizaines de gens me regardant avec autant d’insistance et m’envoyant ces regards pénétrants de dédains et de dégouts. Je me sentais réellement comme un lépreux. Cette expérience troublante me pousse encore plus à espérer que ma chirurgie puisse faire de moi une personne normale de nouveau. Quel inconfort constant de se sentir rejetée et mépriser de la sorte. Ce sont d’ailleurs les communautés minoritaires qui sont les pires. Ces Noires, ces hispanophones et ces Portugaises qui me regardaient comme si elles venaient de voir le diable en personne. Jamais je n’oublierais ces regards qui me blessent tant. En marchant entrelacé dans les bras de mon amour pour quelques instants, enfin je me sentais normale de nouveau. Ne serait-ce que pour ces brefs instants. À un moment donné, sur Mont-Royal, je n’en pouvais plus de voir tout ce mépris et je me surpris à songer qui si je mourais sur la table d’opération, ce serait une belle mort. Qui règlerait bien des problèmes pour tout le monde, moi y comprise. Puis j’eu cette pensée pour ces autres trans qui n’auront jamais les moyens de se payer des chirurgies et pour le calvaire qu’elles devront endurer le reste de leur vie. C’est vraiment insoutenable et j’eus beaucoup de chagrin pour elles et pour moi. J’espère vraiment pouvoir être débarrassée de cette méchanceté et de ces incompréhensions, car je ne sais pas si je pourrais survivre à ça encore bien longtemps

mercredi 11 juin 2008

Les gens qui viennent me parler

Il m’est arrivé de « bitcher » sur ces imbéciles qui me dévisagent. Mais ces jours-ci, ce qui me surprend est les gens qui viennent me voir spontanément. Il y a bien certainement l’aspect curiosité (positive) que mon état peut susciter chez eux, mais il y a aussi sans doute autre chose que je ne peux encore m’expliquer. C’est comme si tout d’un coup, j’attirais des artistes, des designers, des gens avec une ouverture que je n’avais jamais attirés.

Sur un autre ordre d’idée, mais sur le même sujet, hier j’ai pris un drink qui s’est étirée en souper avec un nouveau contact d’affaires. C’est une femme d’une grande beauté et intelligence avec j’ai eu le plaisir de discuter business mais aussi des différents états d’âme que je traverse. À un certain moment donnée, elle me révéla qu’elle était fascinée par ce que je vivais, mais qu’elle ne pouvait pas encore me révéler pourquoi. Disons que ma curiosité maladive en prend un méchant coup. Mais quelle belle soirée j’ai passée en sa compagnie. Étant entre autres une spécialiste de la communication d’affaires, elle me dit avoir remarqué que dans mes allocutions et mes écrits, elle remarquait un manque d’assurance lié à ma condition, dont je devrais me défaire au plus vite, afin de redevenir mordante comme je l’ai toujours été. Encore une autre remarque intrigante! Pour en finir avec cette charmante personne, elle me dit : tu sais Michelle, lors d’épreuves, il y a toujours des gens nouveaux qui apparaissent. Je crois qu’elle a bien raison.

De plus, deux de mes très bons amis à qui je n’avais pas parlé depuis que je leur avais annoncé ma transition m’ont téléphoné cette semaine. Ils avaient bien pris la nouvelle, mais comme nous ne nous étions pas parlé depuis, je m’inquiétais un peu de leurs réactions subséquentes. Elles sont encore plus positives que prévu. Ce qui me fit un réel bien.

dimanche 8 juin 2008

Mon amour s’éloigne

Après certains moments tristes, voici ce qui est aussi apparu sur mon blogue poétique Côté Givré

Je te vois tranquillement t’éloigner et je pense à la mort.
Je sais combien ma condition te fait souffrir et tu es la dernière personne que je veux savoir souffrir.
Je sais être la cause indirecte de tes souffrances.
Je te vois difficilement tenter l’adaptation impossible.
Je vois ton deuil de l’homme que tu aimes.
Je vois la non-attirance de la féminité qui m’envahit.
Je comprends le déchirement intérieur que tu vis à chaque instant. Ce déchirement entre la personne que tu aimes et son nouveau sexe qui t’éloigne, entre la grande admiration et la réaction contre les regards de mépris, entre la compréhension et l’incompréhension, entre ce rapprochement qui t’éloigne des autres, entre l’homme que j’étais et la femme que je suis.

Quelle profonde tristesse que de savoir ta douleur! Quelle culpabilité et quel amour que tu portes à vouloir être là dans mes moments difficiles. Quelle joie que de savoir que malgré tout, nous aurons toujours cette lumière à partager…

jeudi 5 juin 2008

Encore trois semaines et je change de visage

Le compte à rebours a commencé. En fait, ça fait déjà plusieurs mois qu’il a commencé, mais comme l’échéance approche, la nervosité, l’excitation, l’angoisse et la peur se font plus fortes. Je viens de me maquiller et je me regardais vraiment attentivement dans le miroir. J’essayais d’imaginer ce nouveau visage que j’aurais bientôt et ce n’est vraiment pas facile (dans ma tête en cout cas). Tout à l’heure je m’en vais me faire épiler et demain ce sera la teinture. À chacune des personnes que je rencontre désormais je ne peux m’empêcher de me dire (et de leur dire quelquefois) que c’est probablement la dernière fois qu’ils me voient avec mon visage actuel. Les quelques personnes à qui je l’ai verbalisé me disaient un gros « bof », « mais voyons Michelle ». Il est vrai que je suis la seule (avec mon ex., qui a vraiment peur de ne plus me reconnaître) qui semble réaliser qu’elle sera l’ampleur de ces changements. C’est vrai aussi que je serais la seule à vivre avec les conséquences positives ou négatives de ce changement profond. C’est quand même toute une loterie que de donner son visage à un chirurgien et de ne pas avoir une idée précise de ce que sera le résultat avant? Je sais exactement qu’elles seront les procédures et leurs risques, mais comment vont être mon nouveau nez, front, yeux, bouche, joues, menton et quel sera l’ensemble de chacun de ces éléments? Je n’en ai aucune idée et le chirurgien non plus. Du moins, il ne veut pas se prononcer. Comment fera-t-il mon nez? Aucune idée. Disons que je prie pour que le résultat soir satisfaisant et j’essaie vraiment de ne pas mettre mes attentes trop hautes…

lundi 2 juin 2008

De la difficulté

Certains jours, ça va vraiment très bien. Mais d’autres fois, il suffit d’un ou d’une imbécile qui fait exprès de m’appeler « monsieur » et ma bonne humeur chavire. Parfois, je trouve ça vraiment lourd d’êtres une transsexuelle. J’ai vraiment de la difficulté à me regarder dans les yeux des autres et à remarquer à quel point je ne suis plus « normale ». Je vois aussi les efforts incroyables de certains de mes proches et je suis triste de me savoir la cause de leurs chagrins et du deuil de « l’homme » qu’ils appréciaient. Récemment, j’ai rêvé que j’étais morte et je me voyais dans un cercueil à la morgue. Par la suite, je me disais que ce serait une belle mort si jamais je ne traversais pas l’opération FFS et si j’y restais. Mourir en dormant, ce n’est vraiment pas mal comme mort et souvent, je me suis dit que ce serait la plus belle des morts. Je ne serais donc plus un poids pour mon entourage et moi-même et je pourrais renaître en fille et avoir une vie normale et même avoir ces enfants qui me manquent tellement dans cette vie-ci. Puis je me dis que je dois avoir un « karma fucké » et que j’ai certainement à apprendre de cette épreuve que je n’ai pas souhaitée avec laquelle je me dois de composer au meilleur de mes capacités.

J’aimerais tellement dire toute cette douleur qui m’habite parfois et de ses souffrances que je crée aux autres. Mais je ne peux tout dire puisque d’autres personnes sont impliquées et que je me dois tout de même de conserver un certain décorum pour eux. Des fois, je suis vraiment vraiment fatiguée et triste de tout ce qui m’arrive, mais j’ai tout de même l’espoir de jours meilleurs…

P.-S.
Je vais faire mes préparatifs au cas où j’y resterais. Ainsi, tous mes contenus Web, ici et ailleurs, seront mis hors ligne après mon trépas et seront distribués et regroupés par la suite sous format papier. Les revenus potentiels de « mon corpus » iraient en totalités à l’amour de ma vie et lui permettraient peut-être de mettre un baume sur sa douleur…