samedi 26 avril 2008

Du deuil

La semaine dernière je suis allée à une réunion de trans. Il y avait dans la salle deux gars passablement viril et masculin. Je me disais « mais comment vont-ils réussir à devenir des femmes ». Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre qu’ils étaient des transsexuels de femme à homme! Quelle remarquable transformation! Je n’en revenais pas. Mais ce qui me surpris réellement fut d’apprendre qu’après avoir vécue en nomme plusieurs années, ils n’en pouvaient plus de vivre le secret de ce qu’ils étaient et ils firent un 2e coming-out pour avouer à leur entourage professionnel médusé, qu’ils étaient en fait des transsexuels. La bombe! Ils n’en pouvaient plus d’inventer des mensonges et de devoir vivre avec. Cela fut un choc pour moi et me fit réaliser que bien que je vais me féminiser de plus en plus, je resterais à jamais une transsexuelle et qu’inévitablement, on me le rappellera sporadiquement, selon les aléas de la vie. Une trans d’un certain âge raconta que lors d’une visite à l’hôpital, elle subit une échographie et le technicien pensant avoir la berlue, ne revenais pas de voir une prostate sur une femme! Ça vous donne une idée du genre de situation qu’inévitablement je vais devoir subir. Ce qui m’amène à la question du deuil de ma masculinité. Hier soir, en présence de mon ex. j’ai donné tous mes beaux habits d’homme. J’étais contente de faire plaisir à la personne à qui je les ai donnés (et à son épouse qui le trouvait bien beau et ils ont 4 enfants, c’est donc une économie vestimentaire qui les aidera certainement). Mais en même temps, je réalisais que plus jamais, je ne serais ce beau grand mec viril que j’ai déjà été. Je regardais d’ailleurs ma photo de passeport prise il y a 18 mois et le changement est réellement drastique. Lorsque je lui fis essayer mon chapeau de paille que j’ai porté tout l’été dernier et lors de mes dernières vacances avec mon ex. Elle explosa de tristesse et ne pouvait se faire à l’idée que je donne celui-ci. Je le repris donc et le plaça dans un sac, dans la garde-robe. Je compris que pour elle, tellement de souvenirs heureux sont représentés par ce couvre-chef que je me dois de le garder pour elle. Puis elle me dit que ça lui faisait drôle de voir mon chum dans mes habits et moi à côté de lui en femme. Elle réalisa que j’étais tout de même séduisante et ça l’a un peu aidé se défaire tranquillement de l’image et des souvenirs qu’elle a avec moi depuis 14 ans.

Il y a aussi ce courriel que je reçois d’un webmestre qui m’informe qu’il a changé mon nom de Michel Leblanc à Michelle Blanc dans son blogroll. Puis il me demande s’il se devait de changer toutes les références passées qui m’identifient. Je lui répondis que je me dois d’accepter la personne que je suis maintenant, mais aussi d’accepter celle que j’étais. J’ai été heureuse dans ma vie et je suis la somme de toutes les expériences que j’ai vécue. Je n’ai donc pas à renier mon passé, mais à vivre au présent. J’ai été homme et je deviens femme. Je suis vraiment ravie de la femme que je me vois devenir, mais je suis fière aussi de l’homme que j’ai été. Ce n’est donc pas un deuil complet de l’homme que je fais. Ce n’est que plusieurs petits deuils, mais surtout c’est plusieurs petites naissances et la réalisation que les transformations viennent et complètent ce que j’ai été.

2 commentaires:

Frédérique Morel a dit…

J'ai eu l'occasion de donner une partie de mon linge de gars voilà deux semaines. De mon côté, ce fût plutôt une libération et une autre étape de plus en direction du but ultime...

C'était ça ou je fesais un feu de joie avec cet été!!! Je préfère donc en faire bénéficier des amis dans le besoin..

Je présume que si j'avais eu du linge plus dispendieux, plus chic mon petit côté 'gars' matérialiste aurait pu prendre le dessus....

Pour ce qui est du passé, j'ai eu une réflexion sur le sujet et j'en suis venue à la conclusion suivante; je me suis cachée toute ma vie alors je ne vais JAMAIS recommencer cette torture.

J'assume qui j'étais, qui je suis et qui je serai. N'empêche, dans certaines situations, quand mon 'passing' sera bon je ne vais pas nécessairement le crier sur les toits. Tout le monde utilisent les demi-vérités pour se sortir de certaines situation, éviter de blesser ou éviter les embarras.

Il y a une différence entre des relations de travail strictement professionnelles et celles qui se transforment en relations personnelles. Ceux qui pénêtreront dans ma bulle intime sauront qui je suis et qui j'étais....

Frédérique

Michelle Blanc a dit…

Tout comme toi Frédérique, j’ai songé à faire un feu de joie et j’ai décidé qu’il était plutôt sage de donner mes vêtements à quelqu’un qui pourrait en profiter. Ce qui m’attrista vraiment ne fut pas de donner mes fringues à quelqu’un d’autre, mais c’était plutôt de voir la tristesse que cela suscita chez mon ex. et la mémorisation des événements qui sont associés à l’achat de ces fringues et des souvenirs des moments importants où je les ai portées.

Pour ce qui est du passé, du présent et du futur, je suis d’accord avec tes réflexions.