mardi 19 mai 2009

À propos de la « psychiatrisation » de la transsexualité

Ce week-end, dans le journal Libération, on apprenait que La transsexualité ne sera plus une maladie mentale. Mon point de vue là-dessus.

Je n’ai jamais cru que la transsexualité était une maladie mentale. Je crois cependant que c’est une condition qui a une incidence majeure sur les aspects psychologiques et neurologiques de l’individu qui est pris avec ça. Je sais aussi que lorsque le « point de non-retour » est atteint par une personne dont cette condition est latente en elle, la dépression qui s’ensuit, est profonde douloureuse et particulièrement dérangeante. Je l’ai expérimenté et j’ai grandement apprécié la thérapie hormonale qui m’en a délivré. Pour moi, les troubles de l’identité de genre sont un peu comme la trisomie. C’est une affection qui se retrouve de façon aléatoire dans toutes les sociétés et qui nécessite un apport médical afin de faciliter la vie de ceux qui doivent continuer de vivre avec ça afin de les aider le plus possible à s’intégrer à leur nouveau genre et à participer activement à la société en général. D’ailleurs, ce matin, une autre nouvelle tend à confirmer le caractère génétique de la dysphorie d’identité de genre. Dans Un gène expliquerait la transsexualité on peut lire :

Depuis des décennies, il y a un débat sur les causes de transsexualité. Les premières théories reposaient sur des facteurs psychosociaux tels qu’un traumatisme durant l'enfance. Des études plus récentes ont indiqué que les antécédents familiaux et génétiques sont les aspects liés au développement de l'identité sexuelle.

«Il y a un stigmate social voulant que le transsexualisme soit tout simplement un choix de vie, mais nos résultats reposent sur la base biologique de la façon dont se développe l'identité sexuelle», a affirmé pour sa part le chercheur principal, le professeur Vincent Harley et chef du département de génétique moléculaire au Prince Henry's Institute.


Je n’ai pas demandé à être transsexuelle. J’aurais tellement préféré être née femme, ou homme, pas entre les deux. Mais c’est ma condition, je dois composer avec et si la société peut aider mes frères et sœurs d’infortunes, c’est vraiment tant mieux. Tout comme pour les trisomiques, c’est bien que la société prévoit des ressources pour les aider, eux et leur famille…

MAJ
Paradoxalement, de parler de ma dysphorie d’identité de genre, qui est toujours classée comme une maladie psychiatrique, a été très salvatrice pour moi. C’est ce qui est expliqué dans l’article Problèmes de santé mentale: Internet peut faire partie de la thérapie, de PasseportSanté.

6 commentaires:

Henri Labelle a dit…

Bonjour,
J'ai lu plusieurs de vos textes aujourd'hui et j'ai été très touché. Votre expérience personnelle ne ressemble pas du tout à la mienne, certes, mais de par mon orientation sexuelle (homosexuel) et mon métier (intervenant en santé mentale), je me suis souvent penché et ai souvent eu des réflexions sur la psychiatrisation de certaines formes de sexualité (orientation, genre, identité, etc.).

Loin de moi l'idée de vouloir simplifier à l'excès la question qui est plutôt large, mais je suis d'avis que trop souvent, la médecine et la psychiatrie actuelle traite mal ou d'un mauvais angle cette question. J'ai cru comprendre que vous considériez que le mal de vivre qui vous habitait auparavant était un symptôme de quelque chose de bien plus viscéral; votre propre identité. Je comprends bien l'état dysphorique dans lequel vous deviez vous trouver et je me réjouis de lire que l'acceptation et la mise en place concrète de votre identité profonde aient pu changer votre vie de façon positive. En ce sens, je vous trouve très courageuse et forte. Il me semble que pour une personne qui garde enfoui un tel secret, de vous lire doit être d'un réconfort important.

Je vous souhaite tout le bonheur du monde,

Henri Labelle

Chantal Beaupré a dit…

Bonjour Michelle,

Dans un premier temps, je te remercie pour ce billet aussi informatif que très intéressant.

Toutefois, la question que je me pose est à savoir si l'annonce du HAS français quant à la non-considération de la dysphorie d'identité de genre (transexualité) en tant que maladie mentale aura une influence sur une éventuelle mise à jour du DSM-IV.

Je serais ravie de connaître ton opinion à se ce sujet.

Amitiés,
Chantal

Michelle Blanc a dit…

@Henri merci de vos bons mots
@Chantale, j'imagine que ça peut avoir un effet et je sais que des groupes trans américains font des pressions énormes pour que ce soit retiré de la prochaine version du DSM. Le problème avec ça est que j'ai peur qu'en retirant ça du DSM, les ressources médicales et psychologique capitales qui viennent avec, le soit aussi...

Chantal Beaupré a dit…

Bonjour Michelle,

Que la dysphorie d'identité de genre soit éventuellement retirée du DSM-IV, voilà une chose.

Mais que les ressources médicales et psychologiques capitales risquent d'être retirées également, je partage malheureusement la même crainte que toi.

Je trouverais fort déplorable et totalement inacceptable que les choses en arrivent à se passer ainsi.

Enfin, croisons tout ce que l'on peut croiser et souhaitons pour le mieux.

Bien que je n'y puisse malheureusement pas grand chose, sois assurée de mon support moral à ton égard... et à l'égard de ceux et celles souffrant de la dysphorie d'identité de genre.

Amitiés,
Chantal

Biliane a dit…

Salut,
C’est quelque peu gênant pour moi de commenter ici. Ce geste en apparence anodin... c’est mettre un pied dehors... Eh bien je ne sais pas s’il existe un point de non retour... l’ai-je atteint? La dépression, le mal-être, la dysphorie, tout ça fait partie de ma vie depuis le début. Ma féminité, je ne l’ai jamais rejetée, cachée... ou à peine; je l’ai plus ou moins assumée... intégrée à ma vie de mâle... Mal. Oui, mal : comme les trans disent : je ne passe pas... en homme (je ne sais pas si je passe en femme... peut-être, on verra peut-être...). Tout ça pour dire que chaque trans, je crois, a son propre cheminement, son propre fardeau. Moi, je n’ai jamais pu me déguiser en homme (faire semblant que je suis un...), même si mon corps en a certaines caractéristiques. Je ne suis ni l’un, ni l’autre... les deux à la fois. All mixed up...

Puisque j’écris ceci ici, je présume que, à ma façon, j’arrive au « point de non retour ».

Merci pour la nouvelle au sujet de la recherche australienne. C’est peut-être un grand pas pour la cause. Mais ce qui est cocasse est que ce n’est pas une nouvelle puisqu’on trouve sur le Web des articles à ce sujet datés de la fin octobre 2008. Étrange que Canoë publie l’histoire maintenant.

La possibilité que la transsexualité soit d’origine génétique... c’est bien beau, ça... mais ça me cause un certain inconfort : à partir du moment où je me sens bien... mieux en m’avouant (finalement) que je suis femme... Voudrais-je passer un éventuel test qui démontrerait si je suis trans ou non? ... Hmmm... En viendra-t-on à ça? J’angoisse sur le résultat de mon éventuel test de cette sorte. Matière à réflexion.

En tout cas, j’ai décidé d’en parler... Ben... je commence... alors ça pourra peut-être m’aider.

Ah oui... Qu’est-ce que le DSM-IV?

Chantal Beaupré a dit…

Bonjour Biliane,

Dans un premier temps, j'aimerais souligner ton courageux passage à l'action, par lequel tu as mis "un pied dehors". Toutes mes félicitations pour ce premier pas vers l'autonomie, la liberté et le bonheur.

En réponse à ta question, le DSM-IV se réfère au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (en anglais: Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders ou DSM). Le chiffre romain IV signifie simplement qu'il s'agit d'une quatrième édition de ce manuel de référence. Ledit manuel est très utilisé internationalement, particulièrement pour les recherches statistiques et dans une moindre mesure pour diagnostiquer les troubles psychiatriques.

Bonne continuité!
Chantal