mardi 12 août 2008

Apprendre à gérer le mépris

Il y a bien des choses que je n‘aurais jamais imaginé avoir à vivre dans ma vie et d’apprendre à gérer le mépris est certainement l’une d’elles. J’ai déjà écrit comment je trouvais ça difficile, j’en parle avec mon psy et je suis de plus en plus consciente que je vais devoir composer avec ça le reste de ma vie, à des intensités décroissantes, je l’espère. Il faut que je me fasse une carapace. Mais comment se fait-on une carapace? Grande question dont peu ont la réponse. Mon psy me parlait de ces personnes d’obésité morbide qui se font harceler si jamais elles ont le malheur de manger une crème glacée en public ou encore de ses « minorités visibles » qui sont victimes de racisme. Je suis maintenant une minorité encore plus minoritaire que la très grande majorité des sous-groupes imaginables et en plus, cette condition de transsexuelle est peu connue et toujours empreinte de mythes et de tabous, incluant ceux de nature sexuelle qui emmènent son lot de « tripeux de shemale ». L’une des transsexuelles d’un certain âge me racontait ce week-end comment dans les années 60, les transsexuelles québécoises se faisaient encore jeter en prison pour le motif de « déguisement dans le but de faire un acte criminel ».

Avec le Bill Omnibus de Trudeau, ça a un peu changé. Pour en revenir à la question du mépris, mes mécanismes de gestion possible sont de relativiser (peut-être que la personne est inconsciente), de m’apitoyer (ça me fait de la peine si tu es « pas fin » avec moi), d’ironiser (appeler la personne qui m’appelle monsieur par l’opposée de son sexe), de blaguer (j’ai pas encore trouvé de blagues vraiment bonne, va falloir que je travaille là-dessus) ou de finalement développer un aveuglement sélectif (ne plus voir tout ce mépris et me faire à croire qu’il n’existe pas). L’autre façon de gérer ça est aussi d’être la trans de service et de développer une sorte de « fierté trans », comme la « fierté gay » et de militer et d’expliquer ad nauseam, les tenants et aboutissants de cette condition qu’on peut aussi appeler un caprice de la nature. Mais je ne suis pas encore là et ne suis pas encore « fière » d’être un trans. Le serais-je jamais?

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Tu sais, ton blog va servir à ça. Démystifiée les personnes comme toi. Je suis venue te lire par curiosité, pour essayer de comprendre ce qui peut motiver un gars à devenir une femme , ne connaissant pas les raisons profondes d'un tel changement. Par tes écrits, nous vivons la situation de l'intérieur et ça commence à être pas mal clair pour moi.
J'avais bien entendu l'hypothèse du changement à la 7e semaines de grossesse et je trouve que ça a du sens.
Que veux-tu. On grandit avec l'idée qu'il existe que deux genres de personnes. Les filles et les gars. Tout ce qui est en dehors est considéré comme 'pas normal'. Pourtant, tu es bien la preuve qu'il peut y avoir autre chose. J'ai vu Philippe Tisseyre à 'Tout le monde en parle'. Un beau grand gars qui a décidé de s'habiller mi-homme, mi-femme. Il est beau avec ses colliers de perles et ses boucles d'oreilles. Il vit en couple avec une belle femme. Les gens se retournent sur son passage car il sort 'des normes' mais il se faut souvent dire aussi qu'il est beau, parce que différent.
Continue ton blog, ça va ouvrir les esprits étroits et vous faire accepter .
Sylvie

Grande Dame a dit…

Je vous lis depuis peu et suis fouettée par votre lucidité, votre capacité d'introspection et votre façon à la fois littéraire et pédagogique d'articuler la réalité de la transexualité.

Vous êtes un élément clé pour la conscientisation de ceux qui ne comprennent pas (dont moi, qui en apprends bcp en vous lisant).

marie-christine a dit…

Bonjour Michelle, tout d'abord merci de contribuer a faire connaitre la transexualité. Je sors en femme meme si je suis encore un homme et laisse moi te dire que ce n'est pas toujours facile meme avec la police et agents de sécurité de centre d'achat, ils ne peuvent s'empecher de venir me questionner si je ne prépare pas un hold up ou autre ou si je cherche a me prostituer. Je suis pourtant habillée de manière élégante et j'ai un comportement hors port comme la plupart des femmes de 40 ans et plus. Pour ce qui est des hold up je leur répond si j avais envie de faire unh hold up , je ne le ferais pas en talon haut.
marie-christinetvts@hotmail.com